Europe
Trump menace de couper tout commerce avec l’Europe si Ottawa devient membre associé
La Maison Blanche prévient qu’elle pourrait stopper net ses échanges avec l’Union européenne si celle-ci accordait au Canada un statut de membre associé.…

La Maison Blanche prévient qu’elle pourrait stopper net ses échanges avec l’Union européenne si celle-ci accordait au Canada un statut de membre associé. Un avertissement qui surgit alors que Bruxelles et Ottawa resserrent leurs liens, du commerce à la défense.
L’idée a de quoi déplacer les lignes. Ursula von der Leyen, à la tête de la Commission européenne, a ouvert la porte à un statut inédit pour le Canada, celui de tout premier « membre associé » de l’Union. Elle a avancé cette piste en compagnie du Premier ministre canadien Mark Carney, attendu devant les eurodéputés pour prendre la parole.
La réaction de Donald Trump n’a pas traîné. Interrogé sur cette proposition, le président américain l’a balayée d’un « ridicule ». Et il est monté d’un cran. Si Washington y voit un acte hostile, il promet d’imposer des droits de douane très lourds, quitte à interrompre la totalité du commerce avec l’Europe.
Derrière l’annonce, une réalité bien tangible. Le Canada est engagé dans une guerre commerciale avec les États-Unis et cherche de nouveaux alliés. L’Europe, dont les rapports avec Washington sont tout aussi orageux, veut consolider sa position entre la Chine et les États-Unis. « Nous voyons le monde avec les mêmes yeux, de l’IA au changement climatique, de l’Arctique à la géopolitique », a souligné Ursula von der Leyen, appelant Ottawa et Bruxelles à bâtir un avenir commun. Le cabinet de Mark Carney embraie, décrivant un monde plus dangereux et plus fracturé où le Canada tisse des liens plus serrés avec des partenaires de confiance.
Reste que ce fameux statut de membre associé n’existe pas vraiment dans les textes. Il n’est pas juridiquement défini. L’Allemagne avait récemment suggéré d’en faire profiter l’Ukraine, en imaginant qu’elle puisse assister à certaines réunions ministérielles ou à des sommets, mais sans droit de vote.
Mark Carney a enchaîné avec une visite au Royaume-Uni, où il a rencontré le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham. Les deux hommes ont réaffirmé leur envie de coopérer en matière de défense et de commerce. Côté européen, les échanges avec le Canada ont bondi de 80 % depuis 2016, portés par un accord de libre-échange qui a effacé presque toutes les barrières douanières. Cette année, le Canada est même devenu le premier pays non européen à rejoindre le programme de défense Safe.
Il reste pourtant du chemin. Selon l’ambassadeur canadien à Bruxelles, Jonathan Wilkinson, les deux partenaires vont scruter les domaines où leurs capacités et leurs besoins se complètent, des secteurs jugés stratégiques pour garantir leur souveraineté. L’énergie, l’intelligence artificielle et les matières premières critiques, terres rares en tête, figurent en haut de la liste. Ottawa aimerait aussi que la Banque européenne d’investissement finance des projets canadiens autour des minerais stratégiques, histoire de desserrer l’étreinte chinoise.
Parmi les chantiers, l’application pleine et entière de l’accord de libre-échange. Dix pays de l’Union, dont la France, l’Italie et la Pologne, ne l’ont pas encore ratifié, en partie sous la pression du monde agricole. Conséquence, les volets sur la protection des investissements et le règlement des différends restent lettre morte. Bruxelles et Ottawa discutent aussi d’un assouplissement des règles de mobilité de la main-d’œuvre et d’échanges d’étudiants élargis via Erasmus. Il est enfin question que le Canada participe au prêt de 90 milliards d’euros consenti par l’UE à l’Ukraine, en s’impliquant dans des projets de défense au profit de Kiev.
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