Économie
La bouse de vache, nouveau combustible des foyers indiens face à la crise du gaz

Face aux perturbations des approvisionnements en gaz naturel liquéfié, de nombreux foyers ruraux indiens se tournent vers le biogaz produit à partir de déjections bovines, une ressource traditionnelle remise au goût du jour.
Dans la cuisine de Gauri Devi, une agricultrice de 25 ans installée dans le village de Nekpur, dans l’Uttar Pradesh, le repas mijote sur un feu qui ne doit rien aux bonbonnes de gaz. La jeune femme utilise un réchaud alimenté par du biogaz, issu de la transformation des bouses de vache. Elle peut y cuire des chapatis, des légumes ou encore du thé, sans dépendre du réseau de distribution de gaz liquéfié, dont les livraisons sont devenues irrégulières depuis les tensions au Moyen-Orient.
L’Inde, qui importe plus de la moitié des 30 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié qu’elle consomme chaque année, subit de plein fouet les perturbations du commerce maritime. Le gouvernement assure qu’il n’y a pas de pénurie officielle, mais les retards d’approvisionnement, les achats de précaution et le marché noir contraignent les habitants à de longues attentes pour obtenir une bonbonne.
Depuis les années 1980, New Delhi encourage la production de biogaz dans les zones rurales. Plus de cinq millions de méthaniseurs ont été subventionnés, transformant les déchets agricoles en gaz de cuisson et en boues fertilisantes. Dans son étable, Gauri Devi mélange des seaux de bouses avec de l’eau avant de verser le mélange dans un réservoir souterrain surmonté d’un ballon de stockage. Le méthane ainsi produit est acheminé par canalisation jusqu’à sa cuisine. Elle ne recourt à une bonbonne qu’en cas de panne ou pour de grands repas.
Les résidus de la digestion sont également précieux. Pramod Singh, agriculteur ayant installé une unité de biogaz pour six personnes en 2025, affirme que le fertilisant obtenu est d’une qualité remarquable. Alimentée chaque jour par 30 à 45 kilos de bouses provenant de quatre vaches, son installation lui permet de produire un engrais maison d’autant plus utile que le commerce mondial des fertilisants est perturbé. Un responsable agricole local, Pritam Singh, qualifie même cette boue d’« or noir ».
Le secteur agricole emploie plus de 45 % de la main-d’œuvre indienne, et le pays, le plus peuplé du monde avec 1,4 milliard d’habitants, possède l’un des plus grands cheptels bovins. Dans cette nation à majorité hindoue, où la bouse et l’urine des vaches, animaux vénérés, sont traditionnellement utilisées pour enduire les murs, comme combustible ou lors de rituels, l’adoption du biogaz a été facilitée. Pramod Singh, qui a construit sa première unité en 2007, a contribué à en installer quinze autres dans son village rien que l’année dernière. Il constate un intérêt accru depuis les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran.
Le biogaz ne représente toutefois qu’une faible part du combustible de cuisson, le gaz liquéfié restant jugé plus pratique. A.R. Shukla, président de l’Association indienne du biogaz, explique que ces unités sont de véritables mini-usines nécessitant installation, fonctionnement régulier et maintenance. Même subventionnées, leur coût initial, compris entre 25 000 et 30 000 roupies, soit environ 225 à 270 euros, demeure un frein pour de nombreux foyers.
Ramesh Kumar Singh, journalier, attend avec une centaine de personnes l’obtention d’une bonbonne dans le village voisin de Madalpur. Il explique ne pas posséder de terrain pour installer une unité de biogaz, travaillant toute la journée sur les terres d’autrui. Mahendri, 77 ans, patiente depuis trois jours sous une chaleur accablante, espérant repartir avec une bonbonne.

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