Économie
Le Panama révoque une concession portuaire clé à un géant hongkongais

_**La décision judiciaire panaméenne annulant les contrats d’exploitation de CK Hutchison suscite une réaction ferme de Pékin et intervient dans un contexte géopolitique tendu autour de cette artère maritime stratégique.**_
La Cour suprême du Panama a invalidé jeudi les concessions permettant au conglomérat hongkongais CK Hutchison d’exploiter les terminaux portuaires de Cristóbal et de Balboa, situés aux deux extrémités du canal. Le tribunal a jugé inconstitutionnelles les lois sur lesquelles s’appuyaient ces accords, répondant ainsi à des recours déposés l’an dernier par une autorité de régulation locale. Cette dernière estimait que les contrats présentaient des irrégularités.
Le ministère chinois des Affaires étrangères a immédiatement fait part de son désaccord, affirmant qu’il prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour protéger les intérêts légitimes de ses entreprises. Le gouvernement de Hong Kong a, pour sa part, exprimé son ferme rejet de cette décision, dénonçant l’utilisation de ce qu’il qualifie de pratiques déraisonnables dans les relations commerciales internationales.
Cette décision survient dans un environnement marqué par des rivalités d’influence accrues sur ce passage interocéanique vital, où transitent près de 5% du trafic maritime mondial. L’administration américaine a récemment multiplié les pressions sur Panama, le président Donald Trump ayant notamment menacé de reprendre le contrôle de la voie d’eau et exigeant désormais des conditions avantageuses pour les navires américains.
La filiale locale de CK Hutchison, Panama Ports Company (PPC), gestionnaire des sites depuis 1997, a vivement contesté le fondement juridique de l’annulation. Elle a souligné les conséquences économiques et sociales d’une telle mesure, mettant en avant ses contributions financières à l’État et le fait que son personnel est majoritairement panaméen. Le groupe avait par ailleurs accepté, en mars dernier, de céder le contrôle majoritaire de ces actifs à un consortium mené par l’américain BlackRock, une transaction toujours en suspens.
Le président panaméen José Raúl Mulino avait régulièrement critiqué ces contrats, les qualifiant d’excessifs et contraires aux intérêts nationaux. Cette affaire illustre les tensions persistantes autour des infrastructures stratégiques du canal, revenu sous souveraineté panaméenne en 1999, et alors que des groupes chinois avaient manifesté leur intérêt pour de nouveaux projets portuaires le long de la voie l’an dernier.

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