Planète
L’Indonésie face au déluge, l’appel des sinistrés

Trois semaines après des inondations catastrophiques à Sumatra, la colère monte parmi les populations déplacées. Les critiques fusent contre la gestion des secours, jugée trop lente, tandis que les demandes de soutien international se font pressantes.
Le paysage de Pendigam, dans la province d’Aceh, est méconnaissable. Là où s’étendaient des plantations, une étendue de boue et de débris s’offre désormais au regard. Nurlela Agusfitri arpente pieds nus ce qui fut son village, son ancienne maison ayant été emportée par les eaux. Comme des centaines de milliers d’autres habitants de Sumatra, elle se retrouve sans abri, confrontée à un avenir incertain. Le bilan officiel des intempéries, qui ont frappé trois provinces, s’établit désormais à plus de mille décès, avec des centaines de personnes toujours portées disparues.
À Banda Aceh, la capitale provinciale, des manifestants se sont rassemblés devant l’assemblée locale pour exprimer leur mécontentement. Étudiants et représentants de la société civile réclament une déclaration officielle de catastrophe nationale, mesure qui, selon eux, faciliterait l’acheminement d’une aide extérieure et débloquerait des moyens logistiques supplémentaires. Cette requête se heurte pour l’instant au refus catégorique des autorités centrales. Le président Prabowo Subianto a réaffirmé que l’État indonésien disposait des capacités nécessaires pour gérer la situation, soulignant que seules trois des trente-huit provinces du pays étaient concernées.
Cette position suscite l’incompréhension parmi les acteurs humanitaires sur le terrain. Le fondateur d’une organisation non gouvernementale locale spécialisée dans l’aide alimentaire exhorte ainsi le gouvernement à faire preuve de pragmatisme et à accepter les offres de coopération internationale. Il estime que la priorité absolue doit être l’efficacité des secours, et non des considérations de souveraineté. Dans le même temps, les autorités provinciales d’Aceh ont, de leur côté, pris les devants en sollicitant directement l’assistance des agences des Nations unies, en invoquant leur expertise acquise lors de la reconstruction après le tsunami de 2004.
Ces appels contrastés illustrent les tensions autour de la gestion de la crise. Alors que Jakarta annonce la création d’un groupe de travail pour superviser les efforts de reconstruction, les survivants, comme Nurlela, s’interrogent sur les jours à venir. Sans logement et souvent sans terre, leur sort dépend de la rapidité et de l’ampleur de la réponse qui sera apportée dans les prochaines semaines.

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