Économie
Glyphosate : un procès historique pour faire reconnaître ses effets tératogènes

Une famille française attaque Bayer, accusant l’herbicide d’avoir gravement handicapé leur fils in utero. L’issue pourrait créer un précédent juridique.
Le géant allemand de la chimie Bayer comparaît ce jeudi devant le tribunal de Vienne, en Isère, dans une affaire inédite. Les parents de Théo, un adolescent de 17 ans atteint de lourdes malformations congénitales, estiment que son état résulte de l’exposition prénatale au glyphosate. Sabine Grataloup, la mère, avait utilisé ce désherbant pendant sa grossesse en 2006, ignorant alors qu’elle était enceinte.
L’audience marque l’aboutissement d’un long combat judiciaire entamé en 2018 contre Monsanto, filiale de Bayer, fournisseur de la molécule incriminée. Théo est né avec des anomalies sévères de l’œsophage et de la trachée, nécessitant 55 interventions chirurgicales. Sa famille réclame désormais une expertise pour établir un lien causal entre le pesticide et ces pathologies, préalable à une demande d’indemnisation.
Ce procès constitue une première en France pour des malformations attribuées au glyphosate, alors que des milliers de plaintes liées à des cancers ont déjà été déposées outre-Atlantique. Bien que le produit soit interdit aux particuliers depuis 2018 en France, son autorisation européenne a été prolongée fin 2023 pour dix ans, sous conditions.
En 2022, le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides a reconnu le handicap de Théo comme maladie professionnelle, lui octroyant une allocation mensuelle. Pour les associations environnementales comme Générations Futures, ce procès symbolise l’urgence de renforcer la responsabilité des industriels face aux risques sanitaires. Bayer, qui a déjà versé plus de 10 milliards de dollars aux États-Unis pour des litiges similaires, se refuse à tout commentaire avant l’audience.

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