Planète
Un cachalot naît sous le regard de la science

Pour la première fois, des chercheurs ont pu documenter la mise bas d’un cachalot en milieu sauvage, révélant des comportements d’assistance ancestraux et vitaux pour la survie du nouveau-né.
Au large de la Dominique, une équipe scientifique a été le témoin d’un événement d’une extrême rareté. Alors qu’ils étudiaient la communication acoustique des cachalots, les chercheurs se sont retrouvés à proximité d’un groupe de onze individus. Parmi eux, une femelle de dix-neuf ans, identifiée sous le nom de Rounder, s’apprêtait à donner naissance. Pendant près de cinq heures et demie, le déroulement de la mise bas a été scruté depuis un navire, filmé par drone et enregistré sous l’eau.
Ces observations, dont les résultats ont été publiés dans des revues scientifiques de référence, sont exceptionnelles. Parmi toutes les espèces de cétacés répertoriées, seules neuf ont fait l’objet d’un tel suivi en conditions naturelles. Le processus a duré trente-quatre minutes. Dès l’expulsion du petit, l’activité du clan s’est intensifiée. Les adultes, y compris les plus jeunes, se sont mobilisés pour soutenir activement le nouveau-né.
Les scientifiques ont observé les cétacés presser le corps du baleineau entre les leurs, le toucher avec leur tête ou le pousser délicatement. Ces manœuvres avaient pour objectif de le maintenir à la surface, l’aidant ainsi à réaliser ses premières respirations. Ce comportement d’assistance, que l’on ne retrouve chez les mammifères que chez certains primates, serait une adaptation évolutive cruciale. Les petits cachalots, bien que mesurant déjà quatre mètres à la naissance, ont en effet une flottabilité naturelle faible et tendent à couler.
Cette assistance collective s’explique par l’histoire singulière de ces géants des mers. Après avoir quitté le milieu aquatique pour la terre ferme, leurs lointains ancêtres sont retournés à la vie océanique. Ce retour a nécessité des adaptations pour garantir la survie des nouveau-nés, qui doivent impérativement atteindre la surface pour respirer. La présentation par la queue lors de la naissance, propre aux cétacés, en est une. Le soutien actif du groupe en est une autre, probablement héritée de plus de trente-six millions d’années d’évolution.
L’étude rapporte également que les cétacés ont modifié leurs vocalisations à des moments clés de la mise bas, suggérant une coordination acoustique au sein du groupe. Plus d’un an après cet événement, le jeune cachalot a été repéré en compagnie d’autres juvéniles du clan, un indicateur positif pour ses chances de survie à long terme.

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