Monde
Steve Witkoff, l’architecte de l’ombre de la diplomatie Trump


_**Le milliardaire new-yorkais, envoyé spécial du président américain, incarne une diplomatie parallèle et suscite des interrogations par ses méthodes et ses fréquentations.**_
De retour à Moscou ce mardi pour une nouvelle entrevue avec Vladimir Poutine, Steve Witkoff consolide son statut d’interlocuteur privilégié du Kremlin au sein de l’administration américaine. Cet homme d’affaires de 68 ans, dont la fortune rivalise avec celle de Donald Trump, s’est imposé en quelques mois comme le principal artisan des initiatives de paix les plus sensibles, de la crise ukrainienne au dossier israélo-palestinien. Sa trajectoire singulière, passant des salles de conseil d’administration aux salons du pouvoir mondial, dessine les contours d’une diplomatie informelle où les relations personnelles priment souvent sur les canaux institutionnels.
Sa proximité affichée avec le président russe alimente régulièrement la controverse. Des propos tenus en mars dernier, où il déclarait ne pas considérer Vladimir Poutine comme « un mauvais type », avaient déjà suscité l’émoi. Plus récemment, la révélation d’un échange téléphonique avec un conseiller diplomatique du Kremlin, au cours duquel il évoquait des ajustements territoriaux en Ukraine, a jeté une lumière crue sur ses méthodes. La Maison Blanche a défendu ces conversations, les présentant comme des techniques de négociation courantes, sans toutefois dissiper toutes les réserves.
Parallèlement à son rôle sur le front ukrainien, Steve Witkoff a joué un rôle déterminant dans les pourparlers ayant abouti au cessez-le-feu à Gaza le 10 octobre dernier. Son intervention, marquée par un déplacement urgent en Israël jusqu’à interrompre le shabbat du Premier ministre, illustre un style d’action direct et pragmatique. Sa nomination au poste d’émissaire pour le Moyen-Orient, intervenue seulement quelques jours après l’élection présidentielle, puis sa transformation en « envoyé spécial pour les missions de paix », attestent de la confiance absolue que lui accorde le locataire de la Maison Blanche.
Ce néophyte en politique étrangère, qui a bâti sa carrière dans l’immobilier après des études de droit, revendique l’efficacité du négociateur d’affaires. Ses partisans mettent en avant son franc-parler et sa capacité à obtenir des résultats concrets, loin des lourdeurs protocolaires. Son influence dépasse désormais largement le cadre traditionnel du département d’État, au point d’avoir présenté le président lors de la cérémonie d’investiture en janvier. Derrière l’image du fidèle parmi les fidèles, Steve Witkoff incarne ainsi une conception très personnelle du pouvoir et des relations internationales, dont les conséquences à long terme restent à évaluer.





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