Planète
Soweto sous l’ombre toxique d’une mine d’or abandonnée


Les habitants du township sud-africain dénoncent des maladies et handicaps liés aux résidus miniers, tandis que les autorités tardent à agir.
Dans le quartier de Snake Park à Soweto, une colline artificielle aux reflets dorés domine le paysage. Surnommée « la montagne jaune » par les enfants, cette ancienne décharge minière libère des poussières chargées de métaux lourds comme l’arsenic, le plomb ou même l’uranium. Des analyses indépendantes confirment la dangerosité du site, vestige de l’exploitation aurifère qui a fondé Johannesburg au XIXe siècle.
Les conséquences sanitaires sont visibles au quotidien. Une association locale a identifié plus de quinze cas de paralysie cérébrale infantile, sans compter les malformations congénitales et troubles neurologiques. Okuhle, 13 ans, en est un exemple poignant. Recueillie bébé dans les rues du quartier, l’adolescente ne peut ni marcher ni parler en raison de sa paralysie cérébrale. « La poussière attaque les poumons, les yeux et même l’ADN », explique sa mère adoptive, elle-même sujette à des quintes de toux persistantes.
Le problème dépasse largement Snake Park. Selon des experts, l’Afrique du Sud compterait plus de 6 000 mines abandonnées, dont un tiers présenteraient des risques sanitaires majeurs. Près du site de Soweto, les tests révèlent une contamination alarmante des sols et des cours d’eau. « L’eau contient des éléments radioactifs comme l’uranium », alerte un chercheur qui surveille régulièrement la zone. Pourtant, cette eau polluée irrigue toujours des cultures et abreuve le bétail – certains éleveurs rapportent des naissances de chèvres à trois pattes.
Face à cette crise, la société minière actuelle promet un nettoyage complet d’ici dix ans, tout en reconnaissant l’impact sur la population. Des panneaux d’avertissement ont été installés, mais les riveraines jugent ces mesures dérisoires. « Pourquoi notre gouvernement nous abandonne-t-il ? », s’indigne une grand-mère dont le petit-fils est autiste. Les aides sociales allouées aux familles suffisent à peine à couvrir les besoins basiques, sans permettre un suivi médical adéquat.
Malgré l’adversité, la communauté se mobilise. Chaque mois, des femmes se réunissent pour échanger sur leurs difficultés et faire entendre leurs voix. « Rester unis, c’est déjà une victoire », souligne une militante, même si l’espoir d’une solution définitive semble encore lointain. Entre héritage minier et négligence institutionnelle, Soweto paie le prix fort d’une industrialisation sans lendemain.





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