Faits Divers
Procès Le Scouarnec : la parole libérée des hommes victimes de violences sexuelles


Des dizaines de victimes masculines brisent le silence lors d’un procès historique, révélant un tabou profondément ancré dans la société.
L’audience du procès Joël Le Scouarnec à Vannes a mis en lumière un phénomène longtemps occulté : le viol des garçons. Parmi les 299 victimes du chirurgien, majoritairement mineures au moment des faits, plus de la moitié sont des hommes. Des témoignages poignants ont révélé les mécanismes du silence et la difficulté à briser les stéréotypes.
Nicolas Gourlet, agressé à 13 ans, a attendu des années avant de parler. « J’avais honte… Honte de m’être fait agresser », confie-t-il aujourd’hui à 31 ans. Comme lui, beaucoup ont intériorisé leur souffrance, craignant d’être jugés ou diminués. Pourtant, en écoutant d’autres victimes, certains ont trouvé le courage de témoigner publiquement. Gabriel Trouvé, violé à 5 ans, a renoncé au huis clos pour affronter la cour. « Je devais être là, montrer qu’on peut être un homme fort et sensible », explique-t-il.
En France, les garçons représenteraient seulement 5 à 6,5 % des victimes déclarées de violences sexuelles durant l’enfance, des chiffres largement sous-estimés. La pression des normes masculines – l’obligation d’être « puissant », de ne pas montrer sa vulnérabilité – freine considérablement la libération de la parole. « C’est le tabou dans le tabou », résume Gabriel. Les professionnels soulignent l’absence de structures adaptées pour accompagner ces victimes, contrairement à d’autres pays comme le Québec.
Les psychologues pointent aussi le poids de l’éducation, qui dissuade les hommes d’exprimer leur détresse. Joanna Smith, spécialiste des traumatismes, insiste sur l’urgence de mieux les prendre en charge : « Les associations font ce qu’elles peuvent, mais manquent de moyens. » Malgré les séquelles, les victimes espèrent que leur parole contribuera à faire évoluer les mentalités. Leur message est clair : subir un viol ne définit pas leur identité. « On peut être un homme blessé et reconstruit », conclut Gabriel.





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