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Pesticides interdits de retour au Sénat le couteau entre les dents

Les sénateurs ont adopté une mesure choc qui permettrait de réintroduire deux insecticides bannis en France, malgré les alertes sur la santé et la…

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Pesticides interdits de retour au Sénat le couteau entre les dents

Les sénateurs ont adopté une mesure choc qui permettrait de réintroduire deux insecticides bannis en France, malgré les alertes sur la santé et la biodiversité. Le gouvernement redoute que ce feu vert fasse imploser son propre texte de loi.

La nuit a été longue au Palais du Luxembourg. Mardi, à 183 voix contre 129, la chambre haute a décidé d’insérer dans le projet de loi d’urgence agricole une disposition qui autoriserait à titre dérogatoire deux produits phytosanitaires aujourd’hui interdits sur le sol français. Il s’agit de l’acétamipride et du flupyradifurone, des insecticides pourtant encore utilisés ailleurs en Europe. Pour leurs défenseurs, c’est une question de survie pour les filières de la betterave, de la pomme, de la cerise ou de la noisette. « Nous sommes les seuls à interdire ces molécules depuis dix ans en Europe, on tue à petit feu notre production », a plaidé le sénateur Laurent Duplomb, porteur historique de la mesure. Mais pour la gauche et les associations écologistes, c’est un « gigantesque renoncement » et un « retour en arrière inacceptable », avec des risques sérieux pour la biodiversité et la santé humaine.

Le gouvernement marche sur des œufs. D’un côté, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard appelle à la prudence et craint que cette seule question « virulente » n’emporte le texte tout entier, au risque de priver les agriculteurs d’une loi attendue. De l’autre, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, viscéralement opposée à ces dérogations, a déjà évoqué une possible démission si ses « lignes rouges » étaient franchies. Le fossé entre les deux membres de l’exécutif s’est creusé en direct : l’une parle de « reculs environnementaux », l’autre les réfute. Ce désaccord public complique encore la donne, alors que le texte doit encore passer en commission mixte paritaire mi-juillet, où députés et sénateurs tenteront de trouver un compromis.

Mais les pesticides ne sont pas le seul point d’achoppement. Le Sénat, dominé par la droite, veut aussi assouplir les règles sur la gestion de l’eau et la défense des troupeaux contre le loup. Les éleveurs pourraient bientôt tirer sans autorisation préalable en cas d’attaque, une mesure qui fait bondir les défenseurs de l’environnement. Sur l’eau, le texte prévoit de réduire les obligations environnementales pour construire des retenues de stockage. Plus de 800 amendements attendent encore les parlementaires. Le gouvernement promet de déposer ses propres correctifs pour tenter de désamorcer une bombe politique qui pourrait, au final, faire capter l’ensemble de la loi d’urgence agricole.

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