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La mémoire qui divise l’Ukraine et la Pologne fait le jeu de Moscou

Un geste maladroit de Volodymyr Zelensky a rouvert des blessures historiques profondes. Cette dispute arrange surtout Vladimir Poutine, qui en profite…

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La mémoire qui divise l'Ukraine et la Pologne fait le jeu de Moscou

Un geste maladroit de Volodymyr Zelensky a rouvert des blessures historiques profondes. Cette dispute arrange surtout Vladimir Poutine, qui en profite pour affaiblir le front européen.

Tout part d’un massacre oublié, celui de Volhynie en 1943. Dans cette région du nord-ouest de l’Ukraine, des nationalistes ukrainiens ont tué des dizaines de milliers de Polonais, hommes, femmes et enfants. Des corps décapités à la hache, brûlés vifs ou démembrés. L’objectif était de nettoyer ethniquement la zone pour créer un futur État ukrainien indépendant. Aujourd’hui, ce passé refait surface au pire moment. En mai dernier, le président ukrainien a autorisé une unité militaire à porter le nom de « Héros de l’UPA », l’Armée insurrectionnelle ukrainienne responsable de ces atrocités. Pour les Polonais, c’est une insulte intolérable.

La réaction ne s’est pas fait attendre. Le président polonais Nawrocki a retiré à Zelensky l’Ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction du pays. Et Zelensky a annulé sa venue à une conférence cruciale sur la reconstruction de l’Ukraine à Gdansk. Deux récits historiques s’affrontent. Les Polonais voient dans cet hommage une apologie du génocide. Les Ukrainiens, eux, rappellent que l’UPA a aussi lutté contre la soviétisation du pays après 1945. Pour les soldats ukrainiens d’aujourd’hui, cette résistance fait écho à leur combat face à l’armée russe. Mais ce fossé mémoriel profite surtout à Moscou.

Vladimir Poutine peut désormais exploiter la faille. Il raconte aux Polonais que l’Ukraine les méprise tout en acceptant leur aide. Il dit aux Ukrainiens que la Pologne les humilie avec l’histoire. Et il montre aux autres Européens à quel point le nationalisme ukrainien serait dangereux. Pourtant, les deux pays ont besoin l’un de l’autre. La Pologne a été un allié solide depuis le début de l’invasion russe. Chacun sait que la survie d’une Ukraine indépendante est essentielle pour contenir Moscou. Le Premier ministre polonais Donald Tusk le résume simplement : la coopération sert les deux peuples, le conflit ne sert que les intérêts de la Russie. Espérons que Kiev et Varsovie retrouveront leur sang-froid, comme l’ont fait jadis les Français et les Allemands après la guerre.

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