Société
Nadège Abomangoli, une ascension politique au cœur des tensions de la gauche

Première femme noire à accéder à la vice-présidence de l’Assemblée nationale, l’élue incarne à la fois une trajectoire singulière et les recompositions idéologiques qui traversent la gauche française.
Nadège Abomangoli a été réélue mercredi à la vice-présidence de l’Assemblée nationale avec 501 voix, devenant ainsi la première titulaire de ce poste. Cette réélection consacre un parcours politique marqué par son passage du Parti socialiste à La France insoumise en 2019, après treize années d’engagement chez les socialistes. Âgée de 50 ans, cette femme décrite comme ambitieuse par son entourage est désormais une figure importante de la mouvance mélenchoniste.
Son parcours personnel et politique reflète les fractures qui traversent la gauche française. Originaire des quartiers populaires, elle a grandi à Épinay-sur-Seine et fait des études d’histoire à la Sorbonne avant d’intégrer Sciences Po. Son expérience universitaire fut marquée par des tensions avec certains militants de gauche qui l’avaient traitée de « bourgeoise » pour avoir privilégié ses examens. Cette expérience précoce lui a révélé ce qu’elle nomme les « faux-semblants » d’une gauche aux « grands principes » parfois éloignés des réalités sociales.
Son engagement politique s’est construit autour de la lutte contre les discriminations et la défense des quartiers populaires. Au Parti socialiste, où elle avait gravi les échelons jusqu’à devenir porte-parole en 2015, elle se disait déjà déçue par ce qu’elle percevait comme un manque de conviction face à « l’offensive réactionnaire ». Le projet de déchéance de nationalité porté par le gouvernement Hollande après les attentats du 13 novembre 2015 constituera pour elle une « gifle » personnelle, en tant que binationale arrivée de Congo à l’âge de 2 ans.
Son ralliement à La France insoumise intervient après une longue réflexion. Elle reconnaît que l’ancien Front de gauche ne l’avait initialement pas séduite, lui semblant trop « vieille gauche » et insuffisamment tournée vers les « nouvelles France » issues des minorités. Dans son bureau parlementaire, entre une affiche soutenant le mouvement « Femme, vie, liberté » et une autre proclamant « Free Gaza », une photo témoigne de son premier jour de mandat, aux côtés d’un mot encadré de son collègue Sébastien Delogu soulignant son statut de première femme noire à cette fonction.
Face aux attaques racistes dont elle fait l’objet, notamment un courrier lui signifiant qu' »une noire n’a rien à faire à ce poste », l’élue de Seine-Saint-Denis affiche une forme de sérénité paradoxale. Elle confie éprouver une certaine satisfaction à « les faire rager », tout en se disant particulièrement attachée à l’exercice impartial de sa fonction de vice-présidente, qui lui permet de « parler à tout le monde » et de diriger les séances. Un positionnement qui continue d’incarner les transformations et les tensions au sein de la gauche française.

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