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Les « cowgirls » de Masbate défient taureaux et stéréotypes aux Philippines

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Dans la province philippine de Masbate, une dizaine de jeunes femmes participent chaque année à un rodéo local, affrontant des bêtes deux fois plus lourdes qu’elles et luttant contre les préjugés de genre. Leur combat dépasse l’arène : il vise à prouver que ce sport n’est pas l’apanage des hommes.

Le lasso de Rizza Matutino a semblé suspendu dans les airs une éternité au-dessus de la tête du boeuf avant, sous les acclamations de la foule, de capturer l’animal qui l’a immédiatement projetée au sol. Soixante secondes plus tard, meurtrie mais radieuse, l’étudiante de 27 ans levait les bras en signe de victoire après avoir maîtrisé et entravé une bête pesant le double de son poids. « Il y avait de la pression, mais comme c’était ma dernière chance, je me suis simplement fait confiance », a confié l’apprentie vétérinaire, les yeux encore humides de joie quelques instants après l’épreuve. Elle fait partie de la dizaine de jeunes femmes qui prennent part chaque année à cette compétition, créée en 1993 pour stimuler le tourisme dans cette région du centre de l’archipel. Encore essoufflée, Rizza explique que son combat ne se limite pas à l’arène : il s’agit aussi de briser les idées reçues. « Chaque fois que nous entrons dans l’enclos, à chaque entraînement, nous essayons de prouver que ce sport n’est pas réservé aux hommes et que nous en sommes aussi capables », déclare-t-elle.

Pourtant, pour les « cowgirls » de Masbate, le temps est compté. Si Rizza Matutino aimerait poursuivre la compétition, le rodéo ne comporte aucune catégorie professionnelle féminine. Leur carrière s’achève le jour où elles quittent les bancs de l’université. À quelques centaines de mètres de là, dans un lycée transformé en dortoir de fortune, Christel Mae Firme s’entraîne. Faute de bétail, la jeune femme de 25 ans peaufine sa technique sur une chaise, un exercice répété des milliers de fois. Son père Clodualdo, ancien champion de rodéo, l’observe d’un air approbateur. « Je lui ai appris à monter à cheval, puis à manier le lasso », raconte le sexagénaire, qui l’emmenait, enfant, soigner les bêtes dans les fermes. Pour Clodualdo, apprendre à dompter le danger est crucial. La peur s’efface dès que l’on comprend que l’on peut encaisser le choc. Pourtant, à l’approche de l’épreuve, Christel avoue avoir eu les nerfs à vif. « Parfois je doute. Est-ce que je vais réussir à lutter contre la bête sans me faire encorner ? », confie-t-elle. Accro à l’adrénaline, Christel a même envisagé de suspendre ses études vétérinaires pour s’offrir une année de compétition supplémentaire. « Une fois diplômées, il n’y a plus aucun endroit où nous pouvons concourir », déplore-t-elle.

Juste avant qu’un troupeau ne soit lâché dans les rues de la capitale de Masbate pour reconstituer une transhumance, Edwin Du, membre du conseil d’administration de l’événement, s’est dit « vraiment impressionné » par les performances féminines. Pour lui, l’absence de catégorie professionnelle pour les femmes s’explique par le fait qu’« elles n’ont plus le temps » une fois diplômées, « car elles vont avoir des bébés ou devront rester à la maison, à moins qu’elles ne soient vétérinaires ». Un avis que ne partage pas Lucky Udarbe, l’une des entraîneuses de Rizza Matutino. « Ce que les hommes peuvent faire, nous, les femmes, pouvons le faire aussi », lance-t-elle. « Avec la technique, que vous soyez grand ou petit, femme ou homme, il n’y a aucune différence au rodéo », abonde en ce sens Clodualdo Firme. Sa fille Christel a d’ailleurs signé le record de vitesse au lasso, avant d’être couronnée « reine du rodéo ». La veille de l’événement, Clodualdo avait déclaré qu’il n’applaudissait jamais lors des rodéos, pas même pour Christel. Mais après qu’elle eut attrapé son veau au lasso en seulement 7,64 secondes, il a enfreint sa règle.

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