Monde
Le spectre d’une conflagration régionale plane sur le Liban

_**Les autorités de Beyrouth multiplient les appels à la retenue, redoutant que leur territoire ne devienne le théâtre de représailles israéliennes en cas de dégradation du conflit entre Téhéran et Washington.**_
Le gouvernement libanais a exprimé, ce mardi, ses profondes inquiétudes quant à la possibilité que ses infrastructures civiles soient prises pour cible par l’État hébreu. Cette crainte est directement liée à une éventuelle implication du Hezbollah dans un affrontement plus large opposant l’Iran aux États-Unis. Le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raggi, a évoqué la possibilité de frappes israéliennes d’une grande ampleur, visant potentiellement des sites stratégiques comme l’aéroport international de Beyrouth. Il a indiqué que des démarches diplomatiques étaient en cours pour tenter d’obtenir des garanties sur la protection des biens civils, soulignant que le Liban ne souhaitait pas être entraîné dans un conflit qui ne le concerne pas directement.
Dans un contexte déjà extrêmement volatil, un incident frontalier est venu illustrer la tension permanente. L’armée libanaise a accusé des soldats israéliens d’avoir tiré en direction d’un de ses postes de contrôle en cours d’installation dans le sud du pays, près de Marjeyoun. Elle affirme avoir riposté conformément aux ordres de son commandement. De son côté, l’armée israélienne a justifié ces tirs de sommation par l’absence de coordination préalable de la part des forces libanaises. Cet échange intervient alors que Beyrouth tente d’affirmer son autorité sur cette zone frontalière, conformément aux termes d’un cessez-le-feu en vigueur depuis fin 2024.
La position du Hezbollah constitue l’élément central des préoccupations. Le mouvement chiite, considéré comme l’allié régional le plus puissant de l’Iran, a récemment perdu plusieurs de ses cadres dans une frappe attribuée à Israël, ce qui l’a conduit à appeler à la « résistance ». Un responsable libanais, sous couvert d’anonymat, a décrit le scénario catastrophe redouté par de nombreux Libanais. Une attaque américaine contre l’Iran pourrait provoquer une riposte du Hezbollah visant Israël, déclenchant à son tour une réplique israélienne massive sur le sol libanais. Le chef de la diplomatie a d’ailleurs publiquement espéré que le Hezbollah s’abstiendrait de toute « nouvelle aventure » pour épargner au pays de nouvelles destructions.
La communauté internationale semble consciente des risques d’embrasement. Par prudence, les États-Unis ont ordonné l’évacuation du personnel non essentiel de leur ambassade à Beyrouth. Parallèlement, des efforts sont déployés pour renforcer les institutions étatiques libanaises. Une réunion préparatoire s’est tenue au Caire en vue d’une conférence internationale de soutien aux forces armées libanaises, prévue à Paris début mars. Les participants, dont la France, l’Égypte et l’Arabie saoudite, ont insisté sur la nécessité pour l’État libanais de détenir « le monopole des armes ». Cet appui vise à consolider la souveraineté de Beyrouth sur l’ensemble de son territoire, alors que l’armée libanaise doit encore procéder au désarmement du Hezbollah dans une zone au nord de la frontière, une tâche complexe compte tenu de ses limites logistiques et financières.

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