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Le bastion gallois des travaillistes britanniques vacille sous la pression des extrêmes

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Les électeurs gallois pourraient infliger un camouflet historique au Premier ministre Keir Starmer, mettant fin à plus d’un siècle de domination travailliste dans cette région ouvrière.

Au Pays de Galles, le paysage politique connaît une transformation profonde. Ce territoire de trois millions d’habitants, autrefois fief industriel indéfectible du Labour, pourrait basculer jeudi vers des forces politiques radicales. La montée en puissance de Reform UK à droite et de Plaid Cymru à gauche traduit un rejet des partis traditionnels, alimenté par la cherté de la vie et un sentiment de déclin national. Une défaite des travaillistes constituerait un revers cinglant pour Keir Starmer, au pouvoir depuis juillet 2024, et relancerait les appels à son départ.

Ross Mumford, chauffeur-livreur de 59 ans, incarne cette désaffection. Fidèle au Labour depuis toujours, comme son père et son grand-père avant lui, il annonce son intention de voter pour Reform UK. « Cela faisait partie de la famille, mais cette année, c’est fini », confie-t-il devant le Parlement gallois, le Senedd, à Cardiff. L’histoire du Pays de Galles est pourtant liée à celle du parti travailliste, fondé en 1900 par le syndicaliste Keir Hardie, député d’une circonscription industrielle proche de Cardiff. Le Gallois Aneurin Bevan, figure tutélaire, créa le National Health Service en 1948. Depuis la décentralisation de 1999, les travaillistes dirigent le gouvernement gallois, compétent en matière de santé, d’éducation et de transports.

Les sondages pour les élections du 7 mai placent le Labour loin derrière, au coude-à-coude avec Plaid Cymru et Reform UK. Cette érosion s’explique notamment par la controverse autour de Peter Mandelson, personnalité historique du parti, dont la nomination avortée comme ambassadeur à Washington a suscité l’indignation. « Keir Starmer a menti effrontément », estime Ross Mumford, qui ajoute : « Donnons une chance à Reform, qu’avons-nous à perdre ? » Hope Porter, artiste de 35 ans, ancienne supportrice travailliste, penche pour les Verts, dont le leader Zack Polanski prône un virage à gauche et critique la politique israélienne à Gaza. « Les travaillistes sont désormais des conservateurs habillés en rouge. Ils ne sont plus du côté des classes populaires », juge-t-elle.

Sue Jenkins, 83 ans, fait figure d’exception. Fidèle au Labour, elle estime que Starmer « pourrait mieux faire », mais salue sa fermeté face au président américain Donald Trump. « Si les travaillistes ne gagnent pas, je serai très contrariée », dit-elle. Le candidat travailliste Huw Thomas refuse de céder au pessimisme : « Rien n’est joué. » Aucun parti ne semblant en mesure d’obtenir une majorité absolue, des scénarios de coalition sont envisagés.

À Merthyr Tydfil, ville natale de Keir Hardie, des bénévoles de Reform UK distribuent des tracts sur la place principale, salués par les klaxons de nombreux automobilistes. Robert Clarke, l’un d’eux, apprécie les promesses de Nigel Farage de revenir sur les objectifs de neutralité carbone et de réduire l’immigration irrégulière. « Si nous ne changeons pas la direction que prend le Royaume-Uni, je crains que mes petits-enfants n’aient plus de pays », dit-il. David Hughes, candidat de Reform, résume le sentiment général : les gens « perdent espoir » face au chômage et à la pauvreté.

À l’opposé du spectre politique, les indépendantistes de Plaid Cymru croient aussi en leur victoire. Heledd Fychan, candidate, affirme récupérer des électeurs « trahis » par la suppression des aides au chauffage pour les retraités décidée en 2024. Si la déroute travailliste se confirme, les détracteurs de Starmer au sein du parti pourraient entamer des manœuvres pour le remplacer. Laura McAllister, politologue à l’université de Cardiff, résume sobrement : « Une défaite poserait d’énormes problèmes au parti. »

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