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La mémoire sélective de l’Amérique de Trump

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L’administration Trump efface méthodiquement les rappels des heures sombres de l’histoire américaine, en retirant panneaux explicatifs et monuments jugés trop critiques envers le passé du pays.

Dans une banlieue résidentielle huppée de Washington, la disparition d’un panneau historique installé près d’une fontaine dédiée à un sénateur ouvertement raciste suscite l’indignation des riverains. Ce panneau, posé en 2022 par le service des parcs nationaux, rappelait les positions suprémacistes de Francis Newlands, élu au Congrès entre 1885 et 1917. Il mentionnait notamment son rôle dans la ségrégation immobilière du quartier de Chevy Chase, où l’accès à la propriété était interdit aux Noirs et aux Juifs, et reproduisait un article de presse de 1913 évoquant son projet de “retour des Noirs en Afrique”. Or, ce dispositif pédagogique a été retiré silencieusement fin 2025 par l’administration républicaine, sans explication publique.

Cette décision s’inscrit dans le cadre d’un décret présidentiel signé en mars 2025, qui ordonne aux agences fédérales de “rétablir la vérité dans l’histoire américaine”. Le texte, publié à l’approche du 250ᵉ anniversaire de la Déclaration d’indépendance, impose aux responsables des monuments et musées relevant du ministère de l’Intérieur de mettre en avant la “grandeur” des accomplissements nationaux et de ne pas “dénigrer les Américains, passés ou présents”. Plus de 400 sites doivent ainsi revoir leurs panneaux, vidéos, livres et souvenirs. Si la plupart des modifications sont encore à l’étude, certaines ont déjà été appliquées. À Philadelphie, une exposition consacrée à l’histoire de l’esclavage a été démantelée fin janvier, avant qu’une procédure judiciaire ne contraigne les autorités à remettre en place certains éléments en attendant une décision définitive.

L’avocat David Sobel, qui a saisi la justice après la disparition du panneau de Chevy Chase, compare cette pratique aux autodafés de livres sous le régime nazi, à la différence près que l’effacement se produit ici “au beau milieu de la nuit, sans cérémonie”. Il juge cette discrétion “plus effrayante encore”. Joint par l’AFP, le ministère de l’Intérieur s’est contenté de défendre l’application du décret présidentiel, affirmant que les contenus explicatifs devaient être “exacts, honnêtes et conformes aux valeurs nationales communes”.

Parallèlement, Donald Trump a rétabli les noms de bases militaires baptisées en hommage à des généraux confédérés, qui avaient été rebaptisées sous la présidence de Joe Biden après les manifestations du mouvement Black Lives Matter. En octobre dernier, le seul monument de Washington dédié à un général sudiste a été réinstallé. En avril, une statue de Caesar Rodney, propriétaire d’esclaves ayant joué un rôle clé dans l’adoption de la Déclaration d’indépendance de 1776, a également retrouvé sa place dans la capitale fédérale.

Le ministère de l’Intérieur assure qu’à l’approche du 4 juillet, le gouvernement entend “reconnaître toute l’étendue de l’histoire de notre nation”. Mais pour Alan Spears, porte-parole de la National Parks Conservation Association, cette vision est “contraire à l’esprit américain”. Les grands pays, insiste-t-il, “ne cachent pas leur histoire. Ils en tirent des leçons.”

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