Économie
La France en demi-teinte : le dernier bilan du gouverneur de la Banque de France

À quelques semaines de quitter ses fonctions, François Villeroy de Galhau dresse un constat nuancé de l’économie française, saluant des progrès sur l’emploi mais alertant sur la dégradation des finances publiques et appelant à dépasser les querelles immédiates.
Dans sa lettre annuelle au président de la République, la dernière de son mandat avant de rejoindre la fondation Apprentis d’Auteuil début juin, le gouverneur de la Banque de France a livré une analyse sans complaisance de la situation économique. Il y souligne que la France a connu, depuis 2010, une performance qualifiée d’intermédiaire, marquée par une croissance annuelle moyenne de 1,1 %, proche de celle de la zone euro mais nettement inférieure à celle des États-Unis. Les finances publiques se sont dégradées, mais des avancées notables ont été enregistrées sur le front de l’emploi, avec une baisse significative du chômage et une amélioration du taux d’emploi, notamment chez les seniors.
Dans un contexte d’incertitude exceptionnellement élevée, lié notamment au conflit au Moyen-Orient, François Villeroy de Galhau estime que la France devrait éviter la récession. Malgré une croissance nulle au premier trimestre et une inflation qui a fluctué, le pays conserverait une croissance ralentie mais positive jusqu’en 2028. L’inflation, après une poussée en 2026, reviendrait sous la barre des 2 %. Le gouverneur juge toutefois prudent de se préparer à trois scénarios économiques, le plus pessimiste tablant sur une croissance de seulement 0,3 % cette année.
Au-delà des chiffres immédiats, cette lettre se veut un bilan de quinze années de politique économique. Le pouvoir d’achat des ménages, mesuré par le revenu disponible par habitant, a progressé au même rythme que dans la zone euro, soit 0,7 % en moyenne. Un résultat qui peut surprendre au regard du sentiment négatif des Français, mais qui s’explique en grande partie par des transferts budgétaires et sociaux ayant contribué à détériorer les finances publiques.
Pour l’avenir, le gouverneur identifie trois défis majeurs. Il prône d’abord une meilleure efficacité des dépenses publiques et un meilleur contrôle des dépenses sociales, en s’inspirant des modèles nordiques qui allient protection sociale et rigueur budgétaire. Il appelle ensuite à une solidarité intergénérationnelle renforcée, estimant que les choix collectifs ont jusqu’ici favorisé les seniors au détriment des générations futures. Enfin, il insiste sur la nécessité d’investir dans la recherche, l’innovation, l’éducation et les compétences professionnelles pour relever le défi de la productivité. Selon lui, la France pourrait ainsi porter sa croissance potentielle de 1 % à 1,5 % en moins de dix ans, à condition de dépasser les polémiques franco-françaises du moment.

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