Société
La fin des financements américains plonge les travailleuses du sexe zimbabwéennes dans une précarité sanitaire accrue


La décision de l’administration Trump de suspendre les aides internationales a fragilisé l’accès aux préservatifs et aux traitements antirétroviraux, exposant des milliers de femmes à des risques sanitaires majeurs.
Assises sur un matelas usé dans une modeste habitation de la périphérie de Harare, trois femmes relatent la disparition progressive des préservatifs et des médicaments contre le VIH. Le retrait des financements américains a bouleversé un système de santé déjà précaire, laissant les travailleuses du sexe sans protection adéquate. L’une d’elles montre une chaussette pour bébé, dernier recours lorsqu’elle se trouvait sans moyen de protection. Ces substituts improvisés illustrent l’ampleur du désarroi.
Pendant vingt ans, les programmes soutenus par les États-Unis, dont le PEPFAR, ont constitué un filet de sécurité essentiel pour des dizaines de milliers de personnes. Aujourd’hui, les dispensaires qui n’ont pas fermé sont submergés de demandes. Médecins Sans Frontières, qui ne dépend pas des fonds américains, constate une affluence record dans ses centres de Epworth et Mbare. Les ruptures de stock de traitements et de préservatifs sont fréquentes, et les délais d’attente s’allongent.
Les conséquences sanitaires sont déjà tangibles. Les autorités sanitaires zimbabwéennes ont enregistré une légère augmentation des décès liés au sida sur le premier semestre 2025. Si plusieurs facteurs entrent en jeu, la réduction de l’aide internationale a indéniablement joué un rôle. Des femmes séropositives racontent devoir rationner leurs traitements ou accepter des rapports non protégés par nécessité économique. La crise économique locale pousse par ailleurs davantage de femmes vers la prostitution, augmentant la concurrence et réduisant leur capacité à négocier des relations protégées.
Selon un analyste basé à Harare, le pays a perdu près de 445 millions d’euros d’aide annuelle, dont 77 millions étaient spécifiquement destinés à la lutte contre le VIH. Cette diminution brutale des ressources a engendré des perturbations profondes dans la distribution des médicaments et la prévention. Face à cette situation, certaines travailleuses du sexe avouent avoir recours à des pratiques à risque pour subvenir aux besoins de leur famille, conscientes du danger mais contraintes par l’urgence.





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