Culture
Amazon dénonce une facture de 100 millions pour les lecteurs français


Le géant du commerce en ligne affirme que la loi sur les frais de port minimum pour les livres en ligne a coûté cette somme aux consommateurs depuis son entrée en vigueur, une évaluation vivement contestée par les librairies et les distributeurs.
Dans une tribune publiée lundi, la direction française d’Amazon a avancé un chiffre qui suscite la polémique. Selon ses estimations, la mesure législative instaurant des frais de port minimum de trois euros pour les commandes de livres en ligne inférieures à 35 euros aurait déjà coûté plus de 100 millions d’euros aux acheteurs français. Frédéric Duval, directeur général d’Amazon.fr, a qualifié cette somme d’« addition salée » pour les consommateurs, une dépense qui représenterait selon lui l’équivalent de douze millions de livres de poche.
Cette évaluation, présentée comme le fruit d’un croisement entre des données sectorielles et des informations internes au groupe, a immédiatement été rejetée par les acteurs traditionnels du secteur. Le Syndicat de la Librairie Française, la Fnac et d’autres distributeurs comme Cultura ont dénoncé dans un communiqué commun une « opération de communication » fondée sur une « méthodologie de calcul contestable ». Ils accusent Amazon d’extrapoler ses propres chiffres à l’ensemble du marché sans aucune transparence et de poursuivre un objectif de dérégulation.
Le désaccord s’inscrit dans le cadre plus large de la loi dite Darcos, entrée en vigueur il y a deux ans, qui vise à rééquilibrer la concurrence entre les plateformes numériques et les commerces physiques spécialisés. Les défenseurs de la législation en contestent radicalement le bilan dressé par Amazon. Ils soutiennent au contraire que le dispositif a prouvé son efficacité en permettant aux librairies de boutique de regagner 2,3 points de part de marché en volume. Ils renvoient également la question du coût en interrogeant le prix économique et social qu’entraînerait la disparition de milliers de points de vente physiques.
Les tensions entre les parties restent vives, comme en témoigne un récent différend sur l’interprétation de la loi concernant la livraison gratuite dans les casiers automatisés. L’affrontement autour de ce bilan chiffré illustre la bataille de communication et d’influence qui continue d’entourer cette régulation, chaque camp cherchant à imposer sa lecture de l’impact de la mesure sur les habitudes d’achat et la santé économique de la filière du livre.





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