Faits Divers
À Trappes, un homme tué pour sa couleur de peau et un ministre qui parle d’attentat
Laurent Nuñez refuse que le dossier psychiatrique du suspect vienne diluer la qualification des faits. Pour lui, le meurtre de vendredi dans les Yvelines…

Laurent Nuñez refuse que le dossier psychiatrique du suspect vienne diluer la qualification des faits. Pour lui, le meurtre de vendredi dans les Yvelines reste un attentat raciste, quoi qu’il arrive ensuite.
Le mot n’a pas bougé. Lundi, le ministre de l’Intérieur a maintenu sa lecture des faits survenus vendredi matin dans les Yvelines. Pour Laurent Nuñez, l’homme de 39 ans qui a ouvert le feu sur des passants à Trappes et à La Verrière a bien commis « un attentat terroriste, raciste ». Sur RMC et BFMTV, il a résumé sa position en une phrase, celle d’un suspect mû par le racisme et qui a tué pour cette raison précise.
Le bilan est lourd. Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans d’origine africaine, est mort. Cinq personnes ont été blessées, dont au moins quatre portent des noms à consonance africaine ou maghrébine, d’après une source policière. Une adolescente de douze ans figure parmi les victimes. Elle est désormais « tirée d’affaire », a indiqué le maire de La Verrière, Nicolas Dainville.
Le parcours judiciaire du suspect, lui, s’est interrompu. Sa garde à vue a été levée samedi soir, juste après un examen psychiatrique. Kévin T. a été conduit à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris, où il peut rester en observation jusqu’à quarante-huit heures. Le parquet national antiterroriste précise que cette mise en suspens doit établir si son état de santé permet ou non de reprendre les auditions. L’homme suit un traitement pour une schizophrénie, une maladie qui brouille la perception du réel, les émotions et les conduites. Ses analyses sanguines révèlent aussi la présence de cannabis et de cocaïne.
Du côté de la famille de la victime, cette séquence passe mal. Maître Yassine Bouzrou, avocat des proches, rappelle que ces suspensions restent, en pratique, très rares. Il y voit une « récurrence préoccupante » et dénonce un traitement à deux vitesses, selon lui, dès que l’auteur d’un attentat vient de l’extrême droite, le dossier psychiatrique prenant très vite le dessus, comme si le passage à l’acte ne s’expliquait que par un esprit dérangé. Laurent Nuñez récuse ce raisonnement. Ce genre de mesure arrive fréquemment, assure-t-il, y compris dans des dossiers de terrorisme islamiste, et elle ne retire rien à la gravité des faits.
L’avocat soulève une autre question, celle du suivi. Il décrit un homme « détenteur d’armes de guerre », déjà connu des services de police et de la justice, et n’exclut pas de chercher d’éventuelles responsabilités administratives. Les gardes à vue de quatre membres de son entourage familial et amical, dont son père et sa mère, ont été levées dimanche. Côté renseignement, Kévin T. n’était pas fiché, un cas fréquent de l’aveu du ministre, qui décrit les profils les plus inquiétants comme des individus plutôt isolés, nourris d’idéologie raciste, abreuvés des discours ambiants et capables de basculer d’un coup. Un exemplaire de Mein Kampf d’Adolf Hitler a été retrouvé à son domicile.
Le débat déborde désormais largement le cadre judiciaire. Sébastien Chenu, nouveau chef des députés du Rassemblement national, refuse toute « responsabilité collective » de son parti, quand la gauche l’accuse d’encourager le passage à l’acte. Le Conseil représentatif des associations noires annonce qu’il se portera partie civile aux côtés des victimes. Ses avocats, Mes Seydi Ba, Théodore Jean-Baptiste et Joanes Louis, estiment que l’attentat « n’est pas survenu dans le vide » et pointent des propos tenus par des responsables politiques dans les jours précédents, à commencer par Éric Zemmour parlant sur LCI d’une « horde de barbares maghrébins et africains » après les violences du 17 octobre. De nouveaux rassemblements sont annoncés lundi à l’appel d’associations et de syndicats, après ceux de samedi et dimanche à Trappes et à Aubervilliers. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, propose une minute de silence dans l’Hémicycle.
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