Europe
La jeunesse serbe veut faire basculer le pouvoir par les urnes
Après une longue mobilisation, le mouvement étudiant serbe entre dans l’arène électorale avec une promesse simple. Ses candidats veulent tourner la page…

Après une longue mobilisation, le mouvement étudiant serbe entre dans l’arène électorale avec une promesse simple. Ses candidats veulent tourner la page d’Aleksandar Vučić et de son parti, au pouvoir depuis plus de quatorze ans.
Macha Perepeliuc ne cache pas son assurance. À 21 ans, cette étudiante en sciences politiques à Belgrade veut croire que la liste étudiante l’emportera face au Parti progressiste serbe, au pouvoir depuis plus de quatorze ans. « Je suis sûre que nous allons gagner », dit-elle, avant d’imaginer un réveil dans une Serbie libérée. Pour elle, le scrutin anticipé n’est pas une élection comme les autres. Il représente l’aboutissement d’une mobilisation née de la colère contre un système qu’elle juge gangrené par la corruption.
Le point de départ de cette colère reste l’effondrement d’un auvent en béton sur la gare rénovée de Novi Sad. Seize personnes sont mortes. Le drame a mis en mouvement des foules immenses, parmi les plus importantes que le pays ait connues depuis la chute de Slobodan Milosevic. Depuis, les rassemblements ont pris une autre dimension. Ils se sont transformés en campagne contre Aleksandar Vučić et le SNS. La répression n’a pas manqué. Des dizaines de manifestants ont été arrêtés, certains poursuivis pour avoir prétendument comploté contre l’ordre constitutionnel. Des voitures ont foncé dans des cortèges. Des hommes masqués ont agressé des participants.
Face à ce mouvement, la liste étudiante avance sans chef unique. Ses 250 candidats, pour la plupart sans expérience des fonctions publiques, comprennent des universitaires et des experts sans étiquette partisane. Les assemblées de faculté votent pour choisir les candidats. Le programme met l’accent sur la lutte contre la corruption, l’accès aux soins et le logement abordable. Le site de la liste prévient qu’elle ne veut pas d’un nouveau leader autour duquel se construirait un autre culte de la personnalité.
En face, Aleksandar Vučić a concentré le pouvoir et soigné son image d’homme d’État incontournable sur la scène internationale, entre Bruxelles et Moscou. Il a quitté la présidence pour briguer le poste de Premier ministre. Il accuse le mouvement étudiant d’être une tentative de coup d’État financée de l’étranger. Les médias pro-gouvernementaux relaient largement cette thèse.
Les enquêtes d’opinion donnent des résultats très différents. Le politologue Dušan Vučićević estime que les étudiants pourraient dépasser les 40 %, bien au-dessus de la plupart des listes d’opposition sous le règne du SNS. Leur popularité s’appuie sur des mobilisations rares. Une marche à Belgrade a réuni environ 300 000 personnes selon un décompte indépendant. Dans les petites villes, les étudiants ont été accueillis avec de la nourriture ou des feux d’artifice. « Ils ont vu de leurs propres yeux que nous arrivions, que nous frappions à leurs portes et que nous passions devant chez eux, et ils sont sortis nous saluer », raconte Neda Simonovic, étudiante en sciences des organisations.
Pour Radomir Saicic, professeur de chimie et candidat, cette liste offre une alternative aux jeux politiques du passé. Il parle d’une vague de mécontentement populaire, d’espoir et de foi dans la victoire qu’on ne peut arrêter. Le mouvement veut incarner un changement concret pour les électeurs lassés d’un pouvoir accusé de corruption et de verrouillage. Reste une question décisive, savoir si cette énergie de rue se traduira dans les urnes.
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