Société
A Paris, les commerçants redoutent samedi et s’équipent comme ils peuvent
Après un week-end de pillages et de vitrines cassées, les commerçants parisiens se préparent à la nouvelle manifestation de samedi. Lanceurs de balles en…

Après un week-end de pillages et de vitrines cassées, les commerçants parisiens se préparent à la nouvelle manifestation de samedi. Lanceurs de balles en caoutchouc, bombes au poivre et panneaux de bois dessinent une drôle de routine défensive.
Dans son armurerie parisienne, Yves Gollety a vu ses ventes décoller. Elles ont été multipliées par dix depuis les pillages du week-end dernier, survenus en marge de la mobilisation sociale. À l’approche de la nouvelle manifestation de samedi, il résume ce qu’il observe. Des commerçants s’équipent parce qu’ils ont très peur. Son stock de lanceurs de balles en caoutchouc, d’une puissance maximale de 20 joules et en vente libre pour les majeurs, est déjà parti. Certains clients lui ont raconté s’être retrouvés coincés dans leur boutique avec les pillards.
Dans une autre armurerie de la capitale, Mickaël, dont le prénom a été modifié, vient d’acheter des bombes au poivre. Ce propriétaire d’un magasin de lunettes près de la gare de l’Est veut pouvoir réagir au cas où des pilleurs entreraient. Il parle d’un semblant de défense et d’une façon de se donner bonne conscience face au risque de saccage. Plus loin, boulevard de Magenta, entre la gare de l’Est et la place de la République, des ouvriers fixent des panneaux de contreplaqué sur des vitrines. Le secteur a été le théâtre de violences samedi.
Ces protections de fortune sont aussi devenues des murs d’information. Des affiches invitent à rejoindre un groupe WhatsApp du quartier pour empêcher les intrusions. D’autres appellent à participer à une cagnotte en soutien à Ali Hossain et à son équipe, après le pillage de sa boutique. Une agence immobilière préfère en sourire. Elle plaisante sur une vitrine devenue moins transparente, tout en assurant rester ouverte et garder le sourire. Sur les trottoirs traînent encore des bris de vitres et des dosettes vides de sérum physiologique, employé pour rincer les yeux après les jets de gaz lacrymogène, mêlés aux feuilles mortes.
José Guedj, coiffeur, n’a pas oublié le week-end précédent. Il raconte avoir eu peur pour sa vie et refuse de croire que samedi sera identique. Il veut penser que l’État a pris en compte ce qui s’est passé. Derrière lui, la porte vitrée de son salon, brisée, est rafistolée avec quelques planches qui laissent passer un courant d’air. À deux pas de la gare de l’Est, Emmanuel Rénales, 60 ans, propriétaire d’un magasin de peinture de bâtiment, reste marqué. Il dort dans sa boutique, désormais à moitié vide, et doute d’ouvrir samedi. Il ne comprend toujours pas pourquoi les pilleurs sont venus voler de la peinture et de l’outillage.
Le bilan du week-end dernier dans la capitale est lourd. 450 commerces ont été dégradés et 228 pillés. La mairie appelle les habitants à la plus grande prudence samedi et recommande aux riverains comme aux commerçants de rentrer poubelles, vélos, terrasses et mobilier extérieur. Pierre-Emmanuel Duprat, retraité et président d’une association de riverains et de commerçants du quartier des Halles, dans le centre, sent encore la tension. Il appréhende la suite et juge la communication gouvernementale peu rassurante. Il raconte avoir passé douze heures enfermé samedi dernier à cause de la fumée des lacrymogènes. Il veut malgré tout croire à une journée moins grave, avec sans doute de la délinquance opportuniste.
Laurence, 82 ans, habite au cœur du quartier et ne veut pas tenter le diable. Marquée par les débordements récents, elle a choisi de quitter Paris le temps d’un week-end. Dormir en dehors de la capitale et se promener en forêt lui paraît une bonne idée.

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