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Quand la récolte des olives devient une spoliation sous protection armée

En Cisjordanie occupée, des colons pillent des oliveraies palestiniennes et repartent avec la récolte sous les yeux de villageois impuissants. La saison…

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Quand la récolte des olives devient une spoliation sous protection armée

En Cisjordanie occupée, des colons pillent des oliveraies palestiniennes et repartent avec la récolte sous les yeux de villageois impuissants. La saison des olives, temps fort de la vie rurale, se transforme cette année en épreuve de force.

Ahmed Salem, 50 ans, n’a rien pu faire. Des colons sont venus dans son oliveraie près du village palestinien de Lubban al-Gharbi, en Cisjordanie, ont entassé les olives dans des sacs, puis les ont chargées dans une voiture pour les conduire vers un avant-poste israélien voisin, où elles devaient être transformées en huile. Il dit avoir craint d’être agressé s’il tentait de s’interposer. « Comment vous sentiriez-vous si l’on portait atteinte à quelque chose qui vous appartient, sans que vous ne puissiez rien y faire ? » demande-t-il.

Cette scène ne sort pas de nulle part. Depuis des années, les colons attaquent les Palestiniens pendant la cueillette des olives en Cisjordanie occupée, pour intimider. Cette saison, la violence a nettement augmenté et les vols se sont généralisés. La récolte commence avec les températures plus fraîches, quand les familles se retrouvent dans les oliveraies en terrasses entretenues depuis des générations. Ce moment de vie collective devient pour beaucoup un terrain d’insécurité.

À l’approche des législatives israéliennes, les attaques se sont multipliées. Des sondages suggèrent que Benjamin Netanyahu et sa coalition favorable aux colons pourraient être battus, et qu’un pouvoir plus critique face à ces actes pourrait émerger.

L’accès aux arbres est devenu un autre obstacle. Avec la multiplication de centaines de petits avant-postes de colons sous le gouvernement de Benjamin Netanyahu, l’armée israélienne restreint de plus en plus le passage des Palestiniens vers les zones proches des colonies et des avant-postes, y compris de nombreuses oliveraies. Dans de nombreux cas, les Palestiniens ne peuvent pas accéder à leurs terres ni récolter les olives, tandis que les colons circulent librement.

Les chiffres de cette saison donnent la mesure du phénomène. Depuis le début de la récolte, 125 agressions physiques contre des cueilleurs palestiniens ont été recensées, ainsi que 168 cas de vol de récolte. Des forces militaires israéliennes étaient présentes dans au moins un quart de ces cas. Un responsable militaire affirme que l’armée prend très au sérieux les violences, les actes criminels et les tentatives de porter atteinte à la sécurité. Il n’a pas évoqué les colons et n’a pas commenté les vols d’olives commis en présence de soldats. L’armée a aussi déraciné des oliviers à l’aide de pelleteuses, en invoquant la nécessité de prévenir des attaques palestiniennes.

Autour du village d’Ahmed Salem, des centaines d’hectares, dont des oliveraies, ont été clôturés et saisis. Des colons récoltent désormais des olives sur ces terres et les portent au moulin à huile de l’avant-poste voisin. Sur les réseaux sociaux, des appels ont circulé pour que des Israéliens viennent cueillir les olives de Cisjordanie et les apportent à ce moulin. Un message publié dans un groupe de colons vante « à la fois une huile de qualité et le renforcement de l’emprise juive sur les vastes étendues de notre terre ». Un autre lance « C’est soit nous, soit notre ennemi ». Le moulin de la ferme Avichai met en avant des « produits haut de gamme » et une huile d’olive vendue autour de 20 dollars la bouteille sur un site géré par l’Association des fermes. L’association n’a pas répondu à une demande de commentaire et le couple installé sur place a refusé de parler.

Les rabbins israéliens ne parlent pas d’une seule voix. Zev Weitman, rabbin de la colonie d’Alon Shvut, au sud de Bethléem, qualifie ces prises de « vol » ou de « brigandage » et rappelle que c’est interdit. Dov Lior, éminent rabbin orthodoxe, affirme au contraire que les colons doivent récolter dans toute la Cisjordanie. Dans une lettre ouverte, il soutient que les Palestiniens n’ont aucun droit de propriété sur ces terres et que la récolte répond au « commandement de conquérir le pays ».

Les villageois concernés parlent de vol. Les Nations unies et la plupart des pays considèrent les colonies israéliennes implantées sur des terres occupées comme illégales au regard du droit international relatif aux occupations militaires. Israël rejette cette position et estime que ce territoire est contesté plutôt qu’occupé. Un porte-parole du gouvernement israélien assure que les olives « cueillies sur la terre ancestrale du peuple juif » ne constituent pas un vol et que les Juifs possèdent et cultivent « des millions d’oliviers » dans la région.

Samer Ben Shamsi, agriculteur palestinien, raconte une autre attaque. Des colons masqués s’en sont pris à lui dans le village de Beita, près de Naplouse, puis ont fui à toute vitesse dans une camionnette avec sa récolte. « Ils volent sans crainte car ils ont un État et une force puissante qui les soutient », dit-il. Il affirme aussi avoir été victime de tirs dans la jambe, de coups et de saccages par des colons. « Nous payons nos olives au prix du sang ».

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