Monde
Aung San Suu Kyi, une voix retrouvée après cinq ans de silence
Son fils Kim Aris a annoncé cette semaine avoir pu parler à sa mère pour la première fois depuis plus de cinq ans. L’ancienne dirigeante birmane reste…

Son fils Kim Aris a annoncé cette semaine avoir pu parler à sa mère pour la première fois depuis plus de cinq ans. L’ancienne dirigeante birmane reste détenue, et cet appel unique ne change rien à sa situation.
C’est un message court, publié sur Facebook, qui dit beaucoup de l’enfermement. Kim Aris, fils d’Aung San Suu Kyi, y raconte avoir enfin entendu la voix de sa mère, après plus de cinq années sans le moindre échange. « Entendre à nouveau sa voix, c’est quelque chose que les mots ne permettent pas d’exprimer », écrit-il. L’homme vit au Royaume-Uni, loin de Naypyidaw, la capitale birmane où sa mère est assignée à résidence depuis que l’armée a repris le pouvoir par un coup d’État en 2021.
Le parcours de la prix Nobel de la paix 1991, récompensée pour son combat pour la démocratie, ressemble à une longue suite d’entraves. Les autorités birmanes ont indiqué l’avoir sortie en avril d’une prison de Naypyidaw pour la placer en résidence surveillée. En août, elles avaient diffusé des images d’elle rencontrant un représentant de la Croix-Rouge dans le pays. Elle demeure poursuivie sur la base d’accusations que les organisations de défense des droits humains jugent fabriquées de toutes pièces, avec un objectif clair, permettre aux militaires de rester aux commandes d’un pays qu’ils dirigent de fait depuis l’indépendance.
La joie de Kim Aris ne dure pas longtemps dans son texte. Il dit sa « profonde reconnaissance » envers tous ceux qui les ont soutenus, sa mère et lui, convaincu que ces voix ont pesé pour rendre ce moment possible. Puis il pose la limite. Sa mère a 81 ans et reste « injustement détenue ». Et il tranche, une conversation ne constitue pas un accès régulier à la famille. Il accompagne son message de photos qui semblent le montrer devant l’ambassade de Birmanie à Londres.
Ce même épisode de détention a produit un autre fait notable, quelques jours plus tôt. Les autorités ont affirmé avoir remis à Aung San Suu Kyi un colis envoyé par le roi Charles III, et publié à cette occasion ses premières photos depuis deux mois. La porte-parole de la présidence birmane a détaillé le contenu sur Facebook, deux livres consacrés aux sols, une enveloppe scellée et une communication diplomatique scellée. Le palais de Buckingham n’a rien dit de ce que contient ce message. Le Royaume-Uni est l’ancienne puissance coloniale de la Birmanie et son monarque est connu pour son intérêt marqué pour le jardinage et l’environnement.
Le vocabulaire employé par les autorités a de quoi surprendre. Elles ont désigné l’ex-dirigeante comme une « détenue spéciale », une formule qu’elles n’avaient jamais utilisée jusqu’ici pour elle. Derrière ce cas individuel, c’est tout un pays qui est en jeu. Le coup d’État de 2021 a déclenché une guerre civile qui se poursuit encore aujourd’hui et qui a fait plus de 100 000 morts. Un appel téléphonique, aussi rare soit-il, ne pèse pas lourd face à ce bilan.
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