Faits Divers
De foyers en camps syriens, le parcours brisé de Vanessa Bérard devant les assises
Placée bébé, violée enfant, frappée par ses compagnons, puis partie en Syrie avec deux enfants. La cour d’assises spéciale de Paris devra démêler ce qui…

Placée bébé, violée enfant, frappée par ses compagnons, puis partie en Syrie avec deux enfants. La cour d’assises spéciale de Paris devra démêler ce qui relève des blessures d’une vie et de l’adhésion à une idéologie.
Elle a 38 ans et encourt la perpétuité. Vanessa Bérard, Lyonnaise d’origine, est jugée par la cour d’assises spéciale de Paris pour son départ vers la Syrie à la fin de l’année 2013, et pour tentative de meurtre sur Mohamed Skalab, un jihadiste français de l’organisation État islamique qui lui avait été imposé comme mari. Le récit de son existence, livré à l’audience, n’est pas un décor. Il pèse directement sur la peine qui sera prononcée à l’issue du procès.
Au cœur du dossier, il y a ce tir, au printemps 2014, dans un appartement de Raqqa. Mohamed Skalab, originaire de Nîmes, donnera sa version depuis sa prison. Pour lui, son épouse adhérait pleinement à l’idéologie mortifère de Daesh et elle a fait feu pour l’empêcher de déserter. Il quittera pourtant la Syrie quelques semaines plus tard, la laissant sur place, enceinte de leur fille, avant d’être arrêté à son retour en France. Vanessa Bérard oppose une tout autre lecture. Ce tir, dit-elle, n’était pas une tentative de meurtre mais une réaction à des violences conjugales.
Sa vie d’avant n’a jamais ressemblé à un refuge. Placée en famille d’accueil dès ses six mois, elle a grandi avec une mère décrite comme toxicomane et alcoolique, qui la distinguait de ses autres enfants. Petite fille blonde aux yeux bleus au milieu d’une fratrie brune, elle était le « vilain petit canard ». Le doute plane encore sur son père biologique, condamné pour pédocriminalité. C’est lui qui lui aurait imposé des agressions sexuelles, des faits qu’elle a fini par rapporter, avant de s’effondrer quand une amie d’enfance a répété les récits de viols qu’elle lui confiait à l’adolescence.
L’endroit censé la protéger n’a pas joué ce rôle. Chaque retour de week-end chez ses parents s’accompagnait d’une séance de « décrassage ». Sa nourrice la frottait au vinaigre, jusqu’à la faire rougir, pour effacer les saletés de sa mère, d’origine maghrébine. À 15 ans, elle est renvoyée et placée en foyer. Les garçons en font une proie. Les rapports sexuels imposés, elle ne les rangeait alors pas du côté des viols. Elle se laissait faire, expliquait-elle pendant l’enquête.
Le président a cherché à comprendre comment une idéologie vient combler un manque. Il a posé la question à une psychologue, sur la place qu’une religion peut prendre quand l’enfance laisse des vides. La réponse éclaire le parcours de l’accusée. L’islam lui a apporté un début de sérénité, un apaisement, et plus sa pratique se durcissait, plus elle se sentait aimée. Une enquêtrice de la DGSI décrit le même mécanisme et désigne ce « refuge identitaire » comme sa faille. Les investigations parlent aussi d’une aversion particulière pour la France et d’un itinéraire conforme à celui des jusqu’au-boutistes.
Les hommes qu’elle a croisés n’ont pas apaisé cette violence. Le père de son fils aîné, un délinquant, l’entraînait dans ses larcins et la frappait quand il n’était pas en prison. Un autre, tout aussi violent, la laisse enceinte. En 2013, elle choisit de gagner la Syrie, attirée notamment par Emilie König, figure de proue des jihadistes français. Sur place, elle épouse religieusement Mohamed Skalab après une rencontre de dix minutes. Lui aussi se révèle vite violent. Un jihadiste tunisien lui est ensuite imposé, avec qui elle aura un quatrième enfant. En 2017, ses filles meurent dans un bombardement. Deux ans plus tard, à la chute de Baghouz, dernier bastion de l’EI, les forces kurdes l’arrêtent et l’enferment dans un camp. Elle est rapatriée en octobre 2022 avec ses deux fils.
Vanessa Bérard ne nie pas tout. Elle a pris conscience, dit-elle, que malgré elle des horreurs ont été commises. Mais elle s’emploie à minorer la profondeur de son adhésion au projet jihadiste et les bénéfices matériels qu’elle en aurait tirés. Ce sont précisément ces points que la cour devra trancher au moment de fixer la peine.
Devant elle, son fils aîné, 17 ans, est venu chercher des réponses sur une enfance qu’il n’a pas choisie. Quand la psychologue a évoqué son envie de renouer avec ses garçons une fois libre, Vanessa Bérard a tenté, en larmes, de croiser son regard. Il n’a pas cillé. À la fin de l’audience, il s’est pourtant approché du box pour échanger quelques mots avec sa mère.
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