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Sur le Golan le vote israélien n’est plus un tabou

Dans cette région prise à la Syrie en 1967, un étudiant druze revendique son droit de voter et un maire se présente pour la première fois sur une liste…

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Sur le Golan le vote israélien n'est plus un tabou

Dans cette région prise à la Syrie en 1967, un étudiant druze revendique son droit de voter et un maire se présente pour la première fois sur une liste israélienne. Derrière ce basculement, une communauté longtemps tournée vers Damas change de cap, portée par une nouvelle génération.

Fadi Damaqsi, un étudiant d’Ein Qiniye, ne cache plus son intention de participer aux législatives israéliennes. Longtemps, beaucoup de Druzes du Golan ont préféré voter à l’abri des regards. Lui assume. Pour lui, voter est à la fois un droit et un honneur. Le plateau a été pris à la Syrie en 1967 puis annexé en 1981. Les Druzes y sont environ 26 000, membres d’une branche hétérodoxe de l’islam. Ils ont longtemps refusé toute allégeance à Israël, contrairement aux quelque 125 000 Druzes du reste du pays, très intégrés. Prendre la nationalité ou voter pouvait exposer à l’ostracisme. Le politologue Salim Brik parle d’un boycott social et religieux des marqueurs israéliens, dans une communauté attachée à la Syrie où chaque foyer a de la famille.

Les chiffres racontent un basculement. 45% des Druzes du Golan possèdent la nationalité israélienne, contre 2% il y a quarante ans. La tendance s’accélère depuis deux ans. À Majdal Shams, principale ville druze du Golan avec 12 000 habitants, les demandes de naturalisation ont explosé en 2025. Elles atteignent 3 750 dossiers déposés, contre 570 l’année précédente.

Ce mouvement s’explique par le contexte régional. Plusieurs Druzes du Golan interrogés relient la bascule à l’intervention de l’armée israélienne en juillet 2025 dans la province majoritairement druze de Soueida, en Syrie, en proie à des violences confessionnelles. Israël affirme avoir frappé pour empêcher des massacres contre les Druzes. Damas a dénoncé une ingérence destinée à déstabiliser le pays. Pour le maire d’Ein Qiniye, Wael Mugrabi, cette intervention, alors que le monde restait les bras croisés, a provoqué un changement majeur dans la loyauté et le sentiment d’appartenance. Il est aussi le premier candidat du Golan à figurer sur une liste pour le scrutin du 27 octobre. Il a inauguré un collège baptisé au nom du major Jamal Abbas, un militaire druze tué sous l’uniforme israélien à Gaza en 2024. Devant l’établissement, des drapeaux druzes flottent au côté du drapeau israélien, une scène inimaginable il y a quelques années.

Un autre épisode a marqué les esprits. En juillet 2024, une frappe de missile attribuée par Israël au Hezbollah a tué 12 enfants sur un terrain de football à Majdal Shams. Le Hezbollah a démenti toute implication. Le souvenir reste omniprésent, du terrain devenu site commémoratif au rond-point principal orné d’un ballon géant ceint de 12 flèches dorées. Laith Abou Saleh, qui a perdu son fils Fajr, retient surtout le silence de la Syrie. Aucun message de condoléances n’est venu, pas même un petit mot. Pour lui, les Druzes du Golan demandent la citoyenneté non pas pour peser sur les élections, car ils sont trop peu nombreux, mais par volonté d’appartenance à Israël.

Tout le monde ne se sent pas israélien pour autant. Dans un salon de coiffure de Majdal Shams, de jeunes hommes semblent gênés. L’un rit en évoquant la poursuite du boycott de 1981, quand personne ne prenait la nationalité ni ne votait. Un autre dit craindre d’être appelé au service militaire s’il prenait la nationalité. Ces réticences deviennent moins visibles. Les bureaux de vote sont désormais installés au cœur des villes, au vu et au su de tous. Salim Brik voit dans cette assimilation un effet générationnel. 91% des habitants sont nés après la prise du Golan par Israël en 1967 et n’ont jamais vécu sous souveraineté syrienne. Pour lui, plus personne ne s’attend à ce qu’Israël rende le Golan à la Syrie.

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