Faits Divers
Kenya, un pasteur autoproclamé fixé lundi sur le sort de ses fidèles affamés
La justice de Mombasa dira lundi si Paul Mackenzie a poussé 191 personnes, des enfants pour la plupart, à mourir de faim dans la forêt de Shakahola. Trois…


La justice de Mombasa dira lundi si Paul Mackenzie a poussé 191 personnes, des enfants pour la plupart, à mourir de faim dans la forêt de Shakahola. Trois ans après la découverte des fosses, le pays attend un verdict qui pèse sur la façon dont il encadre les mouvements religieux.
Le tribunal de Mombasa rend sa décision lundi. Paul Mackenzie, pasteur autoproclamé, comparaît aux côtés de plusieurs coaccusés pour avoir laissé mourir de faim 191 personnes. Tous ont plaidé non coupable. Des proches des victimes ont fait la route depuis les villages de la côte pour être dans la salle, et beaucoup patientent depuis des mois. Pour eux, l’audience représente bien plus qu’une étape judiciaire.
Les faits se sont déroulés entre 2021 et 2023, dans un ranch de 325 hectares en lisière de la forêt de Shakahola, à quelques kilomètres des plages de Malindi. D’après le parquet, Mackenzie a lancé puis dirigé des jeûnes d’une violence inouïe, en imposant à ses disciples un ordre précis dans la mort. Les enfants d’abord. Les femmes ensuite. Les hommes en dernier. Les rapports d’autopsie parlent de faim, mais aussi d’asphyxie, de compression au niveau du cou et de traumatismes crâniens. Plus de 200 témoins ont été entendus au fil des débats.
Tout a basculé en avril 2023, quand une organisation de défense des droits a donné l’alerte et que plusieurs fidèles ont pu être sauvés. Les fouilles ont ensuite révélé des centaines de sépultures creusées à faible profondeur. Les morgues de la région ont saturé, contraignant les enquêteurs à interrompre les exhumations. La Commission nationale kényane des droits de l’homme a avancé un bilan de 429 morts en 2024, avec des victimes qui n’ont jamais pu être identifiées. En janvier, la découverte de 52 corps supplémentaires dans un village voisin a valu de nouvelles charges au pasteur.
La défense refuse cette lecture. Ses avocats soutiennent que l’accusation tient surtout sur des éléments indirects, des récits de seconde main et des conclusions médico-légales peu solides. Mackenzie est également poursuivi pour homicide involontaire et pour terrorisme dans des procédures séparées, où il a là aussi plaidé non coupable.
Reste la question de fond, celle qui dépasse le sort d’un homme. Une partie du pays réclame depuis trois ans des règles plus fermes pour surveiller les cultes. Mackenzie, lui, a longtemps agi sans être inquiété. Il a créé son Église internationale de la Bonne Nouvelle en 2003, ouvert des antennes à Nairobi et le long du littoral de l’océan Indien, rassemblé des milliers de fidèles, avant d’en ordonner la fermeture en 2019. Arrêté en 2017 pour radicalisation, il avait été acquitté. Il a été interpellé de nouveau à Shakahola en 2019, après la mort de deux enfants par famine.
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