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La rue ne désarme pas et l’exécutif cherche une sortie

Deux jours de heurts, de vitrines brisées et de mairies saccagées à travers la France. Emmanuel Macron prend la parole en soirée, quand les maires…

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La rue ne désarme pas et l'exécutif cherche une sortie

Deux jours de heurts, de vitrines brisées et de mairies saccagées à travers la France. Emmanuel Macron prend la parole en soirée, quand les maires appellent déjà à se rassembler.

Dimanche après-midi, la place de la République a de nouveau été le théâtre d’affrontements à Paris. Comme la veille, les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule, et des commerces du quartier ont été pillés. La CRS 8, unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, est déployée sur place pour le deuxième jour d’affilée. À Lyon, une intervention policière a mis en échec un groupe d’une cinquantaine de jeunes qui tentaient de briser les vitres d’un magasin Lacoste.

Le décor, lui, reste celui d’un week-end de dégâts massifs. Mairies attaquées, boutiques saccagées, rues jonchées de débris. Pas moins de 1 500 commerces ont été pris pour cible samedi, et la Fédération du commerce et de la distribution évalue la facture à « plusieurs centaines de millions d’euros ». Le ministre du Commerce Serge Papin réunit lundi matin les fédérations de commerçants et de distributeurs, les hôteliers et restaurateurs, ainsi que les banques et les assurances.

Les élus locaux, eux, veulent comprendre. Plusieurs maires réclament des explications sur la façon dont des casseurs ont pu agir aussi librement. Le préfet du Nord Bertrand Gaume a reconnu que la mobilisation avait été « plus importante que les prévisions », obligeant à adapter « le dispositif en temps réel ». À Marseille, le maire Benoît Payan avait dès samedi « demandé des comptes » sur les insuffisances du dispositif policier. Une commission d’enquête parlementaire sur les violences, qui portera aussi sur la stratégie de maintien de l’ordre, a été annoncée par la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet.

Derrière les bilans matériels, il y a des corps. Environ 2 000 interpellations et 600 blessés dans les rangs policiers sur la seule journée de samedi. Côté manifestants, un jeune de 17 ans a eu la main arrachée à Saint-Etienne et une jeune femme du même âge a perdu un œil à Mulhouse, ce qui a conduit à une saisine de l’IGPN, la police des polices. Beaucoup racontent avoir été « nassés » et aspergés de gaz lacrymogène par les forces de l’ordre. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a estimé qu’il s’agissait d’« un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd ».

La séquence pèse désormais sur tout le sommet de l’État. Emmanuel Macron s’adresse aux Français à 20 heures, au lendemain d’une journée de « la colère » lycéenne et sociale qui a éclipsé les revendications sur le pouvoir d’achat et le mal-être de la jeunesse. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, dont la démission est réclamée à gauche comme à l’extrême droite, doit prendre la parole dans la foulée. « Nous vivons une crise profonde de confiance, d’autorité, qui fait peser une menace sur la démocratie », a affirmé Marine Le Pen, candidate désignée du Rassemblement national pour la présidentielle de dans six mois. Jean-Luc Mélenchon a prévenu que si le chef de l’État continuait à jouer le « pourrissement », la situation risquait de devenir « incontrôlable ».

Sur place, la sidération domine. « C’est lamentable, effarant, des meutes de jeunes qu’on a vues hier ici, qui pillent, qui cassent en toute impunité », souffle Cécile Rogue, 57 ans, à Paris. Devant la mairie de Limoges dévastée, Jean-Louis, retraité du quartier, confie que « ça fait mal au cœur » avant de rappeler qu’« on peut avoir des revendications sans tout casser ». Quelque 7 000 personnes, dont de nombreux élus, se sont rassemblées dans la ville pour dire leur émotion. À Lyon comme à Paris, des volontaires sont venus spontanément déblayer les centres-villes. « J’avais pas de mots et je voulais me sentir utile », explique Clémentine, 47 ans.

Le pays a déjà traversé des épisodes violents, des gilets jaunes en 2018-2019 aux émeutes après la mort de Nahel en 2023, en passant par les manifestations contre la réforme des retraites la même année. Mais ce week-end ressemble à autre chose. « Je n’ai jamais vu ça même au plus fort des gilets jaunes », confiait un représentant des forces de l’ordre à Rennes. La journée de samedi marquera « sans doute une césure », jugeait de son côté la presse étrangère, jusqu’au président américain Donald Trump écrivant que « la France brûle » et qu’elle serait « brisée » par l’immigration. En attendant, l’Association des maires de France appelle à des rassemblements lundi devant les mairies pour alerter sur un « vrai risque pour toute la Nation ».

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