Politique
La Sécu jetée dans la cage aux lions de l’Assemblée
Les députés ont abandonné le budget de l’État sans l’avoir bouclé et enchaînent avec le volet Sécurité sociale, un texte qui vise 12,7 milliards de…

Les députés ont abandonné le budget de l’État sans l’avoir bouclé et enchaînent avec le volet Sécurité sociale, un texte qui vise 12,7 milliards de déficit en 2027 et a très peu de chances de trouver une majorité. À six mois de la présidentielle, dans un climat social tendu, le compromis semble hors de portée.
Ils ont rangé le budget de l’État sans l’avoir terminé et attaquent maintenant le financement de la Sécurité sociale. Le décor n’a rien d’une discussion posée. Après un week-end de forte mobilisation et de violences, à six mois de l’élection présidentielle, l’hémicycle tient moins de la salle de négociation que du ring. La preuve avec le budget de l’État, dont les débats ont creusé le déficit prévisionnel de dix milliards d’euros par rapport à la copie initiale, un chiffre avancé par le ministre des Comptes publics David Amiel. Les députés ont d’abord supprimé un article-clé sur un abattement dont profitent les retraités, puis fait sauter tout un pan d’économies sur le financement des collectivités. Il restait encore 2.600 amendements à examiner sur les recettes quand ils ont levé la séance, tard dans la nuit. Les discussions reprendront la semaine prochaine.
Place donc à la Sécu, avec un objectif affiché par le gouvernement, ramener son déficit à 12,7 milliards en 2027, contre 21,8 milliards en 2026. Pour y parvenir, l’exécutif compte demander de nouveaux efforts aux retraités, serrer la vis sur les dépenses de santé et gratter un milliard sur les arrêts maladie. Autre piste, réduire les allègements de cotisations dont bénéficient les entreprises pour récupérer 3,7 milliards, une mesure que la droite et l’extrême droite rejettent. Il propose aussi de prolonger une taxation exceptionnelle des complémentaires santé, pour 1,1 milliard, ce que contestent de nombreux groupes qui redoutent un report du coût sur les cotisations des assurés. La gauche, elle, défend l’extension d’une taxe aux produits préemballés les plus sucrés.
Le parcours du texte s’annonce tout aussi chaotique. Les députés commenceront par une motion de rejet déposée par LFI. Si elle passe, les débats s’arrêtent net et le texte file au Sénat. Une manœuvre identique a déjà échoué sur le budget de l’État, le RN ayant voté contre pour aller au débat. Si l’histoire se répète, il faudra avaler quelque 3.000 amendements, dont environ 1.280 pour boucler la seule partie consacrée aux recettes. Le vote sur ces recettes, prévu en fin de semaine, pourrait tout précipiter. Un rejet, scénario que beaucoup jugent probable, emporterait l’ensemble du texte, expédié au Sénat sans que les dépenses soient abordées.
Et donc sans discuter de la mesure qui fâche le plus, la non-indexation sur l’inflation de deux tiers des pensions de retraite, jusqu’à 4 milliards d’économies à la clé. De nombreux groupes dénoncent une coupe injuste. La commission des Affaires sociales a d’ailleurs rejeté le texte la semaine dernière, après en avoir retiré une multitude d’articles. L’an dernier, ce budget avait pu passer grâce aux voix du Parti socialiste, obtenues notamment contre la suspension de la réforme des retraites. Cette fois, l’accord paraît inimaginable. La socialiste Sandrine Runel, qui suit le texte, ne voit aucun scénario où il passe et pointe l’absence totale de négociation, contrairement à l’an dernier.
Un cadre du camp présidentiel résume l’affaire avec une image, celle d’un morceau de bœuf lancé au milieu d’une cage aux lions, reprochant au gouvernement de n’avoir rien préparé en amont. Sans majorité, le Premier ministre Sébastien Lecornu garde la carte du 49.3 pour faire adopter son texte. Certains parlementaires espèrent encore que quelques propositions seront reprises pour amadouer les oppositions et éviter une censure. D’autres n’y croient plus. Un député las confie que plus personne ne pense que les débats à l’Assemblée changent quoi que ce soit. Reste une ultime option pour l’exécutif, une ordonnance reprenant le texte initial si le Parlement n’a pas tranché avant la fin novembre.
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