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Amputés à Gaza, ces ados réapprennent à marcher à Amman
Transférés depuis Gaza par une association jordanienne, des dizaines de jeunes amputés suivent à Amman une rééducation faite de prothèses, de…


Transférés depuis Gaza par une association jordanienne, des dizaines de jeunes amputés suivent à Amman une rééducation faite de prothèses, de kinésithérapie et de soutien psychologique. Trois adolescents racontent ce qu’ils ont perdu et ce qu’ils espèrent encore.
Ils ont perdu une jambe, parfois davantage, et bien plus que cela. Des dizaines de jeunes Palestiniens amputés pendant le conflit à Gaza sont désormais pris en charge à Amman, dans un centre spécialisé où l’on fabrique et ajuste des prothèses. C’est l’association jordanienne Restoring Hope Society qui les a fait sortir de l’enclave. Sur place, ils enchaînent les séances de kinésithérapie et reçoivent aussi un accompagnement psychologique et social. Un appui précieux, loin d’un territoire où le système de santé est en ruine.
Mahmoud Abou Nusair a 15 ans et un rêve qu’il refuse de lâcher. Le 31 octobre 2025, il ramassait du bois de chauffage à Deir el-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, quand une balle l’a atteint à la jambe droite. Sa blessure s’est aggravée. Son pied est devenu violet, une odeur désagréable s’en dégageait. Le médecin a annoncé qu’il fallait amputer sous le genou. Sa mère s’y est violemment opposée, parlant de l’âme de son fils, de ses matchs de football, de ses sorties, de la mer. Un péché, selon elle, que de lui couper le pied. Lui a d’abord hurlé de peur. Puis il a regardé les autres blessés autour de lui, tous amputés d’une main ou d’une jambe. Il a fini par dire au médecin d’y aller. Après la balle, il a attendu une demi-heure qu’une charrette s’arrête et le conduise à l’hôpital Al-Aqsa, puis à l’hôpital Nasser de Khan Younès, où il est resté deux semaines. Sa maison a été détruite, ses cinq ballons et ses tenues de sport ont disparu avec elle. Il veut désormais jouer, un jour, pour l’équipe palestinienne de football pour amputés.
Zuhdi Abou Shanab, 17 ans, passe lui aussi l’essentiel de son temps dans cet établissement jordanien, équipé d’appareils médicaux récents et d’un atelier de fabrication de prothèses. Le 8 septembre 2025, à Khan Younès, il a été blessé avec 27 autres personnes dans un bombardement qui a fait neuf morts. Il était sorti faire des courses et discutait avec un ami quand l’immeuble voisin a été touché. Il a perdu connaissance et s’est réveillé couvert de sang. Une semaine plus tard, les médecins lui ont expliqué que trois veines et trois artères de sa jambe étaient sectionnées. L’opération pour les réparer a échoué. Il a fallu amputer toute la jambe. Il veut guérir vite pour rentrer à Gaza. Sa mère, ses frères et ses sœurs lui manquent.
Abdel-Rahman Rihan, 16 ans, a été touché le 12 janvier 2025 au matin, dans un bombardement sur la maison familiale à Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza. Lui et son père ont été grièvement blessés aux pieds. Tous deux ont été transférés dans des hôpitaux de Gaza et ont subi, selon l’adolescent, des opérations longues et douloureuses. Leur parcours de soins n’est pas terminé. Trois de ses frères ont également été blessés. Son père, Emad Rihan, raconte avoir été opéré parfois sans anesthésie à Gaza et compter 18 interventions depuis l’amputation. La guerre a été très dure, lâche-t-il, stoïque.
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