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À Bethlehem, le camp Trump garde la foi même quand les prix grimpent
L’aciérie s’est tue voici près de trente ans, mais la Lehigh Valley vote encore au rythme de l’usine disparue. Dans ce district qui peut faire basculer la…


L’aciérie s’est tue voici près de trente ans, mais la Lehigh Valley vote encore au rythme de l’usine disparue. Dans ce district qui peut faire basculer la Chambre des représentants, les partisans de Donald Trump défendent leur vote tout en avouant quelques déceptions.
À Bethlehem, en Pennsylvanie, l’Oktoberfest bat son plein au pied des anciens hauts fourneaux. Grands bocks de bière, quelques costumes bavarois, un écran géant qui diffuse un match de football américain. La friche de la grande aciérie, muette depuis la fin des années 1990, a été en partie réaménagée pour accueillir ce genre de rendez-vous. Casquette et veste à motif camouflage, Nev Hamm se souvient d’avoir habité « juste à côté de l’usine quand elle tournait encore ». Son constat tombe net. « Ça marchait bien, mais tout a été bradé pour produire moins cher ailleurs. Ça nous a affaiblis. »
Ce couvreur en bâtiment de 62 ans ne doute pas une seconde d’assister au « retour de l’industrie » grâce aux politiques protectionnistes de Donald Trump. Les prix, il le reconnaît, sont élevés. Ils « s’amélioreront dès qu’on en aura fini avec la guerre en Iran », assure-t-il.
Bethlehem occupe le cœur de la Lehigh Valley, longtemps bastion de l’industrie lourde. Les ouvriers y travaillent désormais dans la logistique, l’agroalimentaire — la fabrication de nourriture pour chiens compte parmi les gros employeurs — et bientôt le médicament, avec une usine consacrée aux traitements contre la perte de poids dont l’implantation est attendue.
Beth Piniella, 40 ans, estime que sa famille s’en sort correctement. Elle se juge « plutôt bien payée » pour faire le ménage dans l’entrepôt d’un distributeur d’emballages et de fournitures pour entreprises. Du bilan de Donald Trump, pour qui elle a voté, elle retient « du bon et du moins bon ». À côté d’elle, son mari Brian glisse qu’il est tout de même « un peu déçu ». « Je pensais que les prix baisseraient. »
Le district fait partie de ceux qui pourraient faire basculer la Chambre des représentants dans l’opposition au soir du 3 novembre. Le sortant républicain Ryan Mackenzie l’avait emporté d’une courte majorité en 2024. Son rival démocrate, Bob Brooks, ancien pompier et nouveau venu en politique, se présente comme le porte-parole de la classe ouvrière.
Henry Martin, lui, envisage de bouder les urnes. En froid avec les deux partis qui se disputent le pouvoir, ce responsable d’entrepôt d’une trentaine d’années résume son écœurement. « Ils mènent la grande vie et les gens lambda comme moi ne s’en sortent pas. » Il se sent « coincé » entre un « loyer exorbitant » et des prix de vente « totalement dingues » pour les maisons.
À quelques kilomètres de là, en périphérie d’Allentown, un grand panneau appelle les automobilistes à voter Bob Brooks. Juste en dessous, Ramona Chery travaille dans un magasin de pneus. Elle observe une communauté latino-américaine qui avait en partie été séduite en 2024, aujourd’hui secouée par une politique migratoire répressive et par l’inflation. « Il y a plus de pauvreté qu’avant », constate-t-elle.
Le bureau de Mike Shupp donne sur le boulevard Mack, à Allentown. À la tête de la section locale du syndicat automobile UAW, il rappelle que cet axe routier était autrefois bordé des sites du constructeur du même nom, spécialiste des camions massifs typiquement américains. « Je rêve d’un rebond industriel, mais je ne le vois pas venir », soupire-t-il, redoutant que l’entreprise ne réduise encore sa production locale au profit du Mexique.
À une vingtaine de minutes de route, la dernière usine Mack Trucks de la région emploie 2.800 personnes. Invoquant notamment l’effet des droits de douane, elle avait annoncé jusqu’à 350 licenciements en avril 2025. Environ 170 salariés ont finalement été remerciés, avant d’être rappelés à la faveur d’une embellie. Donald Trump s’est rendu sur place en juin pour vanter ses politiques. « Ça ne m’intéressait pas d’y être », tranche Shawn Smith, technicien chargé des touches finales sur les poids lourds, responsable syndical et soutien du candidat démocrate dans le district. Dans les ateliers, dit-il, « on évite de parler politique parce que ça virerait immédiatement en dispute ». Il veut croire que « suffisamment d’indépendants et de républicains en ont marre et vont voter pour un changement ».
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