Monde
Lula et Flavio Bolsonaro se déchirent lors d’un premier duel électrique
À une semaine du second tour, le président sortant et le sénateur conservateur ont échangé insultes et accusations lors de leur premier face-à-face…


À une semaine du second tour, le président sortant et le sénateur conservateur ont échangé insultes et accusations lors de leur premier face-à-face télévisé. Une confrontation qui confirme le durcissement d’une campagne où tout se joue à quelques voix.
Dimanche soir, dans les studios de la chaîne Band à Sao Paulo, le rendez-vous entre Luiz Inacio Lula da Silva et Flavio Bolsonaro n’a pas ressemblé à un débat. Les propositions ont laissé la place aux invectives. Chacun était venu avec ses munitions, dossiers réels ou supposés, pour abîmer la stature de l’autre. Le ton est monté très vite, et les échanges de fond ont souvent cédé devant la mise en scène.
Le moment le plus commenté reste ce pas de côté de Lula, cravate aux couleurs du drapeau brésilien, s’éloignant ostensiblement de son adversaire pour dire qu’il voulait « prendre ses distances avec un milicien ». Une allusion aux liens prêtés au parlementaire avec les groupes parapoliciers qui tiennent de vastes quartiers de Rio. Flavio Bolsonaro a répliqué en exhibant sa paume, où le mot « corrompu » était écrit. Rappel de la condamnation de Lula pour corruption, qui l’avait envoyé en prison en 2018 et 2019 avant d’être annulée.
La suite a suivi la même pente. Lula a réclamé des comptes sur une enquête visant son rival, autour du financement d’un film consacré à son père. Silence en face, puis un « clown » lancé à la volée. Le sénateur a rétorqué en citant un fils de Lula, surnommé « Lulinha », dans une affaire de corruption présumée. Le nom de Jair Bolsonaro est revenu plusieurs fois, l’ancien président purgeant 27 ans de prison pour tentative de coup d’État. Quand son fils a demandé à Lula pourquoi tant de détenus l’avaient soutenu, ce dernier a ironisé en invitant le père à voter pour lui.
Au-delà des piques, Flavio Bolsonaro a porté le fer sur deux préoccupations très concrètes, l’insécurité et le coût de la vie. « Depuis combien de temps vous n’avez pas mis de viande dans votre congélateur », a-t-il lancé aux téléspectateurs. Lula a choisi une autre cible, les liens de son adversaire avec Washington. Il a accusé la famille Bolsonaro d’être inféodée aux intérêts américains et de trahir la patrie, alors que Donald Trump a frappé le Brésil de plusieurs séries de droits de douane.
Dans la journée, les deux camps avaient déjà occupé la rue pour montrer leur force. Les partisans du candidat conservateur se sont retrouvés sur la célèbre avenue Paulista, à Sao Paulo, environ 71 000 personnes selon le comptage de chercheurs de l’université de Sao Paulo. Sara Machado, 36 ans, y résume le ras-le-bol. « Le pays est dans une situation catastrophique. Pour arriver à la fin du mois ou acheter quoi que ce soit, il faut cumuler deux ou trois emplois », dit-elle. À Rio, le musicien Caetano Veloso a rameuté les progressistes lors d’une « manifestation pour la démocratie » aux côtés de dizaines d’artistes le long de Copacabana, avec quelque 56 000 participants selon les mêmes chercheurs. Sur une autre plage, des baigneurs ont formé le nom de Lula dans l’eau. Marcel Bosa, 61 ans, voit dans ce scrutin « l’élection la plus importante de l’histoire du Brésil » et dépeint le camp adverse comme « un clan familial autoritaire et fasciste ».
Reste le verdict des urnes, et il s’annonce serré. Le dernier sondage Datafolha crédite Flavio Bolsonaro de 51 % des intentions de vote, contre 49 % pour Lula. L’écart a fondu de deux points et, compte tenu de la marge d’erreur, les deux hommes sont désormais à égalité. Au premier tour, le 4 octobre, le sénateur de 45 ans avait créé la surprise avec 47 % des voix, devant Lula, 80 ans, crédité de 45 % et candidat à un quatrième mandat non consécutif. Tout se jouera sur une poignée de suffrages, et sur ce que les électeurs retiendront de ce premier échange, plus bruyant que programmatique.
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