Politique
La lutte anticorruption s’essouffle faute de moyens et de volonté
Inès Bernard, déléguée générale d’Anticor, estime que la corruption n’est plus une priorité politique et que la justice économique manque de moyens. Elle…


Inès Bernard, déléguée générale d’Anticor, estime que la corruption n’est plus une priorité politique et que la justice économique manque de moyens. Elle appelle candidats et citoyens à réagir avant que la démocratie n’en subisse les conséquences.
À l’approche de la présidentielle, Inès Bernard, déléguée générale d’Anticor et avocate de formation, veut faire entendre un signal d’alerte. L’association dont elle est déléguée générale est engagée dans 160 procédures. Pour elle, la lutte contre la corruption n’est plus une priorité politique. Les moyens manquent. Et cette situation peut, à ses yeux, menacer la démocratie. Dans un ouvrage à paraître, « Le droit de corrompre », elle appelle à un sursaut.
Elle se souvient d’une époque où des affaires d’ampleur, comme celle de Cahuzac, provoquaient une prise de conscience. Elles avaient alors permis de faire adopter des lois protectrices. Aujourd’hui, dit-elle, la volonté politique a disparu. Résultat, la justice économique et financière est réduite à peau de chagrin. Les enquêteurs manquent. Les magistrats manquent. Sans ces moyens, les investigations deviennent difficiles, voire impossibles.
La probité aurait-elle laissé place à un « droit de corrompre » que certains revendiqueraient presque. Elle répond par l’affirmative. Dans les affaires de corruption, il y a la peine sur le papier. Il y a aussi la honte. Or, selon elle, on assiste aujourd’hui à un « ni peine ni honte ». Les peines contre les responsables publics restent faibles. La honte collective ne suit plus. Le pouvoir exécutif n’hésite pas à soutenir des responsables publics condamnés.
Les condamnations en première instance de Nicolas Sarkozy et en appel de Marine Le Pen ont provoqué des réactions plus fortes que d’habitude. Inès Bernard y voit une volonté de se soustraire à la justice. Elle y lit aussi un rejet du principe républicain d’égalité devant la loi. Les juges sont pris pour cible.
Alors que l’élection présidentielle se profile, elle réclame une mesure d’urgence. Le parquet doit être indépendant du pouvoir exécutif. Emmanuel Macron l’avait promis. Elle constate que ce n’est toujours pas fait. Si une présidente moins attachée à la démocratie arrivait au pouvoir, la justice pourrait être mise au pas, potentiellement par l’extrême droite. Toutes les candidates et tous les candidats doivent donc s’engager maintenant, selon elle.
Elle s’adresse aussi aux citoyens. La corruption touche l’argent public. Chacun en subit donc les effets. Elle peut empêcher un élu d’exercer son mandat. Elle peut avoir des conséquences sur la sécurité et sur l’environnement, avec des pots-de-vin versés pour commettre un crime environnemental. D’où son appel à une mobilisation générale.
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