Société
Un lycée saccagé, un autre favorisé, la tournée du ministre laisse les élèves sur leur faim
En déplacement autour de Bordeaux, le ministre de l’Éducation a visité un établissement populaire ravagé par un incendie avant de rejoindre un lycée d’un…


En déplacement autour de Bordeaux, le ministre de l’Éducation a visité un établissement populaire ravagé par un incendie avant de rejoindre un lycée d’un quartier plus aisé. Partout, les jeunes ont dit leur frustration, et ses réponses ont sonné creux.
Édouard Geffray a commencé par le lycée polyvalent des Iris, à Lormont, dans le nord de l’agglomération. Une semaine plus tôt, une trentaine de jeunes s’y étaient introduits en marge du mouvement lycéen. Ils ont incendié et mis à sac les locaux d’une filière professionnelle d’imprimerie, pour un préjudice de plusieurs centaines de milliers d’euros. À l’arrivée du ministre, un important dispositif policier encadre les abords de l’établissement. Dedans, l’odeur du feu reste prégnante. La salle des coûteuses machines à imprimer a été sauvée par le personnel.
Le proviseur, Thierry Malewicz, dresse un constat sans détour. Selon lui, les auteurs ne sont pas nécessairement des élèves. Il décrit une frange difficile à atteindre, des individus absents du dialogue et de l’écoute. Le ministre lui répond que le dialogue existe et qu’il a déjà débouché sur des actes, mais que ceux qui s’en prennent aux locaux sont des criminels. Il salue le courage de ceux qui ont fait face. Un enseignant lui glisse qu’en tant que prof et citoyen, il n’accepte pas qu’on touche à ses impôts.
Dehors, au milieu des barres d’immeubles, un rassemblement de lycéens et d’enseignants est maintenu à bonne distance. Coline, 17 ans, en terminale dans un établissement voisin, ne décolère pas. Elle regrette d’être tenue à l’écart alors que le ministre se trouve à 500 mètres, et rappelle que le rassemblement est pacifique. Pour elle, la question est ailleurs. Pourquoi parler toujours des violences, quand les élèves ont tant à dire sur leurs conditions de vie au lycée ? Élias, 16 ans, en première aux Iris, enchaîne les exemples. Des toilettes sans porte, une classe de 38 élèves en seconde l’année d’avant. Il réclame davantage de professeurs.
Quelques voitures plus tard, Édouard Geffray rejoint le lycée des Graves, à Gradignan, dans le sud plus verdoyant de l’agglomération. Un membre de l’équipe municipale murmure dans l’assistance que, ici, les lycéens sont gentils. Devant les grilles, quelques dizaines d’élèves patientent avec des pancartes. L’une d’elles suggère au ministre d’aller voir les plus démunis plutôt que les favorisés. Manon, 16 ans, en première, tranche. Il vient dialoguer ici, mais il ferait mieux de le faire ailleurs.
Dans une salle, une vingtaine de délégués de classe et d’élus au conseil de la vie lycéenne peuvent échanger une heure avec lui. Les caméras, non prévues au programme, restent finalement. Le ministre lance la discussion en soulignant que l’établissement a envoyé le plus de contributions de Gironde à la plateforme de consultation nationale ouverte aux lycéens. Il dit les avoir lues dans le train, et remarque que l’eau dans le gymnase revient beaucoup. Les sujets s’enchaînent. Une seule professeure principale pour 33 élèves au lieu de deux, une seule infirmière pour tout le lycée, le stress de Parcoursup. Les réponses se veulent rassurantes. Il avance que seuls 34 élèves, l’an dernier, sur plus d’un million à avoir formulé des vœux, n’ont pas obtenu de formation. Une élève objecte que beaucoup en ont accepté une pour se retrouver sans rien. L’emploi du temps ? Il répond que cela fait partie des choses examinées. Les médecins scolaires ? Il dit avoir les postes mais pas les candidats. Les effectifs ? Il souligne que cette génération est la plus nombreuse et que ces mouvements sont compliqués à gérer.
À la sortie, les impressions se ressemblent. Érine, 17 ans, a apprécié de pouvoir parler librement et directement au ministre, même si certaines réponses l’ont déçue, voire lui ont paru très floues. Samory, un autre participant de terminale, abonde. Pour lui, rien n’était concret, le ministre s’est contenté de promettre qu’il réfléchirait.
À lire aussi





PolitiqueEn Ligne 6 joursLes députés rejettent le budget 2027, Lecornu face à un casse-tête



Faits DiversEn Ligne 3 joursMimi Marchand jette l’éponge en pleine audience, Karine Le Marchand vide son sac



SociétéEn Ligne 7 joursTrois mille remplaçants débarquent dans les lycées les plus tendus



Faits DiversEn Ligne 7 joursRima Hassan porte plainte après une vidéo où un fusil est braqué vers la caméra



EuropeEn Ligne 5 joursTrump réclame un nouveau président en Ukraine et Zelensky dénonce un écran de fumée



MondeEn Ligne 7 joursSantiago ensevelie sous la boue, un quartier cossu déclaré zone de catastrophe



PolitiqueEn Ligne 7 joursLe Rassemblement national rate sa journée à l’Assemblée, bloqué par la gauche et le centre



SociétéEn Ligne 5 joursLa mobilisation lycéenne ne lâche rien et prépare une journée à haut risque








