Économie
La Norvège envisage d’ouvrir son fonds souverain aux géants de l’armement
Une commission recommande de lever l’interdiction qui empêche le plus grand fonds souverain du monde d’investir dans Airbus, Boeing ou Lockheed Martin…


Une commission recommande de lever l’interdiction qui empêche le plus grand fonds souverain du monde d’investir dans Airbus, Boeing ou Lockheed Martin, écartés pour leur lien avec l’arme nucléaire. En jeu, des dizaines de milliards de dollars et un choix pleinement assumé face aux nouvelles réalités sécuritaires.
Le plus grand fonds souverain de la planète pourrait amorcer un virage à 180 degrés. Une commission chargée de repenser ses règles éthiques a recommandé de lever l’interdiction qui frappe les grands groupes de défense, aujourd’hui tenus à l’écart de son portefeuille parce qu’ils participent à la fabrication d’armes nucléaires. Concrètement, des mastodontes comme Airbus, Boeing, BAE Systems ou Lockheed Martin pourraient revenir dans le giron du fonds norvégien, qui pèse 2 300 milliards de dollars, soit environ 2 050 milliards d’euros.
La proposition ménage une dérogation ciblée. Les entreprises établies dans un pays doté de l’arme nucléaire, en règle avec le Traité sur la non-prolifération et allié de la Norvège, membre de l’Otan, seraient autorisées. « Plusieurs entreprises européennes et américaines qui produisent des composants pour les armes nucléaires pourraient donc être réintégrées », souligne la commission dans ses conclusions. Si le Parlement validait ce changement, les sommes en jeu se compteraient en dizaines de milliards de dollars. D’autres exclusions pourraient néanmoins subsister, pour des motifs éthiques distincts.
Derrière cette révision, un homme. Jens Stoltenberg, ministre des Finances et ancien secrétaire général de l’Otan, avait lui-même demandé à la commission de plancher sur le sujet. Son argument tient en quelques mots. Le monde a changé, et la Norvège dépend du parapluie nucléaire de l’Alliance atlantique. Il pointe aussi une réalité économique plus vaste. « Le monde change et la chaîne de valeur est de plus en plus intégrée. Il est difficile de faire la distinction entre les produits civils et militaires », a-t-il résumé. La liste des groupes aujourd’hui bloqués donne la mesure du chantier. Safran, Thales, Northrop Grumman, General Dynamics et L3Harris Technologies figurent notamment parmi les exclus.
Le sujet dépasse largement le seul périmètre de la défense. La pression de l’administration Trump a pesé lourd. Le Parlement norvégien a fini par suspendre les désinvestissements éthiques du fonds, le temps que cet examen aboutisse. Stoltenberg avait déjà jugé problématique la transparence du fonds, qui publie les raisons de chaque retrait. Le rapport recommande de conserver le conseil d’éthique, mais d’en modifier le fonctionnement, en cessant de rendre ses rapports publics de façon automatique.
Un autre enjeu travaille le fonds, celui de la concentration. Dix sociétés, surtout des géants américains de la tech comme Nvidia, Apple et Amazon, pèsent plus de 20 % de son portefeuille d’actions. « Ce type de concentration signifie que des décisions individuelles peuvent avoir des conséquences bien plus importantes », avertit Stoltenberg, qui place la diversification des investissements en tête de ses priorités. Il rappelle au passage que ce fonds finance un quart des dépenses publiques du pays, ce qui en fait, selon lui, « l’une des missions les plus importantes que nous menons en Norvège ».
Les propositions de la commission ne sont pas encore gravées dans le marbre. Elles serviront de base au gouvernement pour bâtir les siennes, dans un livre blanc annuel attendu au printemps 2027. Le projet ne fait pas l’unanimité. La Croix-Rouge norvégienne estime qu’il revient à légitimer l’investissement dans des armes de destruction massive. « La manière dont la Norvège investit des sommes importantes contribue à établir des normes à l’échelle mondiale », prévient l’organisation dans sa contribution aux travaux de la commission.
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