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Expulsée après 70 ans dans le même logement, Maricarmen est morte et Madrid ne décolère pas

Depuis dix jours, une centaine de tentes occupent la Puerta del Sol, au centre de Madrid, pour dénoncer le prix du logement. La mort de l’octogénaire à…

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Expulsée après 70 ans dans le même logement, Maricarmen est morte et Madrid ne décolère pas

Depuis dix jours, une centaine de tentes occupent la Puerta del Sol, au centre de Madrid, pour dénoncer le prix du logement. La mort de l’octogénaire à l’origine de cette mobilisation a transformé le campement en lieu de recueillement.

Une bougie serrée entre les doigts, un mot tracé au marqueur noir. « Merci pour tout, on ne t’oubliera jamais. » Aitana López, 25 ans, étudiante en mode, est venue déposer ce lumignon sur un autel improvisé, fait de cierges et de bouts de carton posés à même le sol de la Puerta del Sol. Elle dit être sous le choc. Sur cette immense place du centre de Madrid, les militants du droit au logement ont planté une centaine de tentes depuis une dizaine de jours.

Maricarmen Abascal est morte mercredi soir à l’hôpital, où elle avait été transportée après avoir été chassée de chez elle le 23 septembre. Cette octogénaire occupait le même appartement depuis 70 ans. Le rachat de son immeuble par une société immobilière avait fait grimper son loyer, et elle se battait depuis des mois pour ne pas partir. Ce combat, disait-elle, avait ruiné sa santé au point qu’elle ne tenait même plus debout. Pour Aitana López, elle est à l’origine de tout ce qui se passe aujourd’hui. Sur des morceaux de carton, des inconnus ont écrit « La grand-mère de tout un pays » ou « La lutte continue ». Quelques roses ont été posées là, sous un arbre, au pied de son immeuble.

L’affaire a largement dépassé le cadre du fait divers. Vendredi dernier, les députés espagnols ont rejeté deux textes de loi défendus par le Premier ministre Pedro Sánchez, dont celui qui devait suspendre les expulsions de personnes vulnérables. Devant ce blocage, le dirigeant socialiste a convoqué trois jours plus tard des élections anticipées pour le 29 novembre. La disparition de l’octogénaire s’invite désormais au cœur d’une campagne qui n’a pas encore commencé.

Devant le mémorial, Luis Rodríguez, 64 ans, ne décolère pas. Chasser une femme âgée du logement qu’elle occupait depuis 70 ans lui paraît inadmissible, à un moment où les prix de l’immobilier, à la location comme à l’achat, ont atteint un niveau complètement délirant. À ses yeux, cette mort est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, une victime de plus. Valeria Racu, porte-parole du syndicat des locataires de Madrid qui a accompagné l’octogénaire, parle d’une lumière devenue un phare pour un combat né avec un campement installé devant son immeuble. Elle le répète. Maricarmen voulait mourir chez elle.

Entre les cierges, des touristes se fraient un chemin. Une retraitée de 68 ans, Juana Sotillos, estime pour sa part que cette femme a été instrumentalisée politiquement. En fin de matinée, une dizaine de personnes, certaines visiblement émues, s’attardaient encore devant les fleurs. Une marche doit partir du campement en fin de journée pour rejoindre son ancien logement, et le syndicat des locataires a appelé à observer une minute de silence vendredi.

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