Nous rejoindre sur les réseaux

Politique

Le Rassemblement national promet des comptes à ceux qui pourraient freiner son programme

À mesure que les sondages nourrissent ses ambitions, le Rassemblement national multiplie les avertissements envers les institutions et les hauts…

Article

le

Le Rassemblement national promet des comptes à ceux qui pourraient freiner son programme

À mesure que les sondages nourrissent ses ambitions, le Rassemblement national multiplie les avertissements envers les institutions et les hauts responsables. Une stratégie de pression qui ne s’accompagne pourtant d’aucun moyen réel de les démettre.

Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, est devenu la cible la plus récente du Rassemblement national. Jean-Philippe Tanguy, fidèle parmi les fidèles de Marine Le Pen, lui reproche de « se comporter toujours comme un macroniste ». Une formule qui claque, suivie d’une exigence sans nuance, « il faut qu’il parte ». Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est une déclaration de Moulin devant l’assemblée du FMI réunie à Bangkok. Selon lui, le budget de l’Hexagone pouvait être « adopté même sans majorité au Parlement », autrement dit par 49.3 ou par ordonnances. Aux yeux du député, c’est une ligne rouge franchie. Car certaines institutions n’ont pas à « faire de politique » et doivent rester « parfaitement neutres ».

La même exigence s’applique à Amélie de Montchalin, qui ferait « beaucoup trop de politique » à la Cour des comptes. Mais la cible la plus symbolique reste Richard Ferrand, président du Conseil constitutionnel. Marine Le Pen a tranché en personne. Il « doit quitter la tête de l’institution », car il a « rompu avec son obligation de neutralité ». L’ancien président de l’Assemblée nationale, lui aussi proche du chef de l’État, s’est vu reprocher ses propos sur le référendum, la clé de voûte du programme du RN pour réformer la Constitution. Dans un podcast, il a jugé que « ça n’existe pas » et qu' »il n’y a pas de débat ». Réponse immédiate de la candidate, qui parle d' »arguments indigents » et lui rappelle son « interdiction de se prononcer sur une affaire qui n’a pas encore été soumise au Conseil constitutionnel ». Son équipe de campagne a même diffusé à la presse un article de loi remontant à 1958, présenté comme la « base juridique » de cette obligation faite aux Sages de ne « prendre aucune position publique » sur les sujets relevant de leur compétence.

Mais ces coups de semonce se heurtent à une réalité juridique. Aucun levier ne permettrait de révoquer ces adversaires désignés, rendus inamovibles par leur statut. Sur le cas de Richard Ferrand, la seule piste évoquée par Jean-Philippe Tanguy consisterait à « saisir le doyen du Conseil constitutionnel », en l’occurrence Alain Juppé. Une procédure jugée « fantaisiste » par un connaisseur des arcanes de la rue de Montpensier.

Le RN ne s’arrête pas là. Il se projette déjà dans un remodelage de l’appareil d’État en cas de victoire. Directeurs d’administrations, préfets, diplomates, personne n’est à l’abri. Un proche conseiller de Marine Le Pen prévenait déjà. « Le fonctionnaire qui ne voudra pas jouer le jeu, on se passera de ses services ». L’argument avancé est celui de la force du suffrage universel. « Le mec qui se dressera devant l’autorité démocratique prendra des risques ». Une menace que le camp oppose aussitôt à une promesse. « Si on gagne, il va y avoir pas mal de postes à pourvoir », prédit un autre membre du premier cercle. Pas d’inquiétude sur les ressources humaines, donc. Et une conviction, « il faudra bien que la politique que les Français auront choisie soit menée ».

La même logique s’étend à l’échelle européenne. Marine Le Pen se dit prête au « bras de fer » avec l’Union européenne, et particulièrement avec Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission est accusée de vouloir « verrouiller » le budget des 27 avant « une grande année électorale », qui concernera non seulement la France, mais aussi l’Espagne, l’Italie et la Pologne. La patronne du RN espère sortir de ce cycle en position de force, entourée de ses alliés. Elle souligne que la présidente allemande de la Commission n’a déjà aujourd’hui « plus la confiance de beaucoup de gouvernements ». Jusqu’à réclamer son départ avant la fin du mandat européen, qui court jusqu’en 2029 ? Lors d’un déplacement à Bruxelles, elle s’est contentée d’une formule. « La dissuasion fait partie de la négociation ».

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus