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Gaza sauve ses graines traditionnelles sous une tente de fortune
Dans un abri sommaire installé au cœur de la bande de Gaza, une équipe s’active pour reconstituer une collection de semences locales détruite par la…


Dans un abri sommaire installé au cœur de la bande de Gaza, une équipe s’active pour reconstituer une collection de semences locales détruite par la guerre. Ces graines sont considérées comme vitales pour un jour relancer l’agriculture du territoire.
Au milieu des ruines, un abri de toile abrite un trésor d’un autre genre. Des étagères couvertes de boîtes en plastique contiennent des graines de blé, d’orge, de blette, d’épinards, de persil, de courgette et de gombo. Ce sont des variétés traditionnelles, généralement mieux adaptées aux conditions locales. Contrairement aux semences hybrides du commerce, elles se conservent et se ressèment d’une année sur l’autre. « Pendant la guerre, ce sont elles qui nous ont aidés à survivre », témoigne Salem Muhanna, le responsable du projet.
Cette banque de semences, lancée en 2017 avec le soutien du Comité international de la Croix-Rouge, a subi de plein fouet le conflit. Les combats ont détruit la banque et fait disparaître de nombreuses variétés. Hanadi Muhanna, la fille du responsable, âgée de 27 ans, participe elle aussi au projet. Elle raconte que les déplacements répétés ont rendu la relance très compliquée. L’équipe a fini par s’installer à Deir el-Balah avec ce qu’elle trouvait. De grands sacs de jute, des fûts en plastique et des boîtes de toutes tailles abritent désormais les stocks sauvés. Chaque contenant est étiqueté avec soin et protégé des nuisibles par des bâches.
Cette activité est vitale dans un territoire où l’agriculture s’effondre. Les violences n’ont pas cessé malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2025. Avant 2023, l’agriculture et la pêche représentaient environ 10 % de l’économie de Gaza. Aujourd’hui, seules 3 % des terres cultivées restent accessibles et épargnées. Les restrictions israéliennes sur l’entrée des marchandises compliquent la tâche des agriculteurs, qui manquent d’eau, d’engrais et de produits de traitement. « Rien n’est disponible », constate Salem Muhanna. Le territoire, qui était autosuffisant en légumes frais et exportait un tiers de sa production, ne peut plus couvrir qu’environ 10 % des besoins en légumes d’une population de plus de deux millions d’habitants.
Pour contourner la pénurie, la banque fonctionne comme une bibliothèque. Des agriculteurs de confiance empruntent des semences et les rendent en fin de saison. Suleiman Abu Shamas, un cultivateur de Deir el-Balah, garde un souvenir précis de cette aide. Pendant les pires moments, ce système a été sa planche de salut. Avec les fournitures bloquées, il fallait bien trouver de quoi se nourrir, et ces graines locales étaient la seule ressource disponible. Pour les humanitaires, cet effort ne sert pas seulement à nourrir les gens aujourd’hui. Il préserve aussi un patrimoine agricole unique pour le futur. « Nous considérons ce projet comme une lueur d’espoir dans l’obscurité totale qui pèse sur le secteur agricole », confie un responsable du CICR chargé de la sécurité économique.
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