Monde
La présence militaire russe face au défi jihadiste au Mali

Alors que le Mali subit un blocus jihadiste paralysant son économie, les forces russes déployées dans le pays peinent à endiguer l’insécurité malgré leur implication croissante dans la sécurisation des approvisionnements.
Le partenariat militaire entre Bamako et Moscou, officialisé en 2021 après le retrait de l’ancienne puissance coloniale française, a conduit au déploiement de contingents russes pour soutenir les autorités maliennes dans leur lutte contre les groupes armés. L’organisation Africa Corps, placée sous l’autorité directe du ministère russe de la Défense, a succédé en juin au groupe Wagner sans modifier substantiellement la nature de cette coopération sécuritaire.
Si les opérations conjointes ont permis la reprise de localités stratégiques dans le nord du pays en 2023, cette présence étrangère n’a pas entraîné d’amélioration durable de la sécurité nationale. Le blocus imposé par les groupes jihadistes sur les routes d’approvisionnement en carburant asphyxie progressivement l’économie malienne, affectant désormais la capitale Bamako. Face à cette situation, l’Africa Corps a renforcé son implication opérationnelle en assurant l’escorte terrestre et aérienne des convois, selon les déclarations officielles russes.
Cette stratégie rencontre toutefois des limites opérationnelles significatives. Les observateurs internationaux relèvent que les pertes humaines parmi les conducteurs et les militaires persistent, tandis que les tentatives de sécurisation des axes routiers s’avèrent coûteuses et peu efficaces. Le groupe jihadiste JNIM, affilié à Al-Qaïda, a récemment intensifié ses menaces contre les transporteurs de carburant, qualifiant désormais tous les chauffeurs de citernes de cibles militaires légitimes.
La posture des forces russes au Mali évolue sensiblement depuis la transition vers l’Africa Corps. Les analyses font état d’une approche plus prudente, privilégiant le soutien aérien et les positions fortifiées aux opérations terrestres directes. Cette modification tactique s’accompagne d’une réduction notable des patrouilles conjointes et des raids nocturnes, selon les organisations de monitoring des conflits.
Au-delà des considérations sécuritaires, la présence russe s’inscrit dans une stratégie d’influence plus large en Afrique subsaharienne. Le contrôle des sites miniers, particulièrement aurifères, constitue un enjeu économique majeur pour les deux parties. La récente reprise conjointe du site d’Intahaka dans la région de Gao et le projet de construction d’une raffinerie d’or avec une entreprise russe confirment cette dimension économique du partenariat.
Les accusations d’exactions contre les civils, précédemment documentées à l’encontre du groupe Wagner, continuent d’affecter la perception de la présence russe. Les organisations humanitaires internationales ont recensé plusieurs centaines de victimes civiles lors d’incidents impliquant les forces russes et l’armée malienne depuis le début de l’année 2025. Ces éléments contribuent à complexifier le positionnement des forces étrangères dans un contexte sécuritaire déjà extrêmement dégradé.

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