Monde
La jeunesse malgache aux avant-postes d’un changement historique

Portée par une génération déterminée, Madagascar vit un moment charnière de son histoire politique, où l’espoir le dispute à la prudence.
Elliot Randriamandrato, trente et un ans, est devenu le visage d’un mouvement inédit qui a précipité la chute du président Andry Rajoelina. Issu de la jeunesse urbaine et diplômée de Madagascar, ce militant incarne la colère d’une génération face à ses conditions de vie. Son parcours, marqué par un engagement précoce, a basculé avec les récentes manifestations qui ont conduit au renversement du pouvoir en place.
Le mouvement, numérique et horizontal, s’est appuyé sur des références culturelles partagées pour mobiliser la jeunesse. Son porte-parole, diplômé de Sciences Po Paris, souligne que les semaines écoulées ne constituent qu’une demi-victoire. La véritable bataille, selon lui, consiste désormais à transformer un système politique dont les fondements sont contestés.
L’intervention des forces armées, présentée comme un arbitrage, introduit une dimension classique dans l’histoire politique malgache. Le collectif Gen Z affirme travailler sans relâche pour éviter toute récupération et garantir que la voix de la jeunesse ne soit pas marginalisée. La disparition de sa page Facebook initiale, suivie par près de deux cent mille abonnés avant son piratage, complique toutefois la tâche.
Malgré un dialogue entamé avec les militaires, la prudence reste de mise. Le mouvement reconnaît que son action n’aurait pu aboutir sans une forme de convergence avec d’autres forces, tout en insistant sur la nécessité de maintenir une vigilance constante.
De retour à Madagascar en mars dernier, Elliot Randriamandrato y dirige une association agroécologique active depuis 2019. C’est en participant à une manifestation fin septembre qu’il a été sollicité pour structurer le mouvement. Son engagement puise ses racines dans les événements de 2009, lorsque des affrontements politiques ont touché son école et conduit à l’incendie du restaurant familial. Cette période, vécue comme un traumatisme collectif, a profondément marqué son parcours.
En 2018, une tentative de interpellation publique lors d’une conférence d’Andry Rajoelina à Paris lui vaut des campagnes de diffamation et des menaces. Sept ans plus tard, il estime avoir contribué à son tour à un changement dont il espère qu’il sera durable.

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