Monde
La Guinée face à un référendum constitutionnel contesté

L’opposant historique Cellou Dalein Diallo dénonce une consultation sans légitimité, orchestrée selon lui par la junte au pouvoir pour se maintenir indéfiniment.
L’ancien Premier ministre guinéen Cellou Dalein Diallo qualifie le référendum constitutionnel prévu ce dimanche de « mascarade » aux résultats prédéterminés. Dans un entretien exclusif, l’opposant en exil accuse le pouvoir militaire de vouloir se maintenir indéfiniment à la tête du pays, en dépit des engagements initiaux de transition vers un régime civil.
Le général Mamadi Doumbouya, qui dirige la Guinée depuis le coup d’État de septembre 2021, avait pourtant promis de restituer le pouvoir aux civils à l’issue d’une période de transition devant s’achever par une élection présidentielle en décembre. Or, le projet de nouvelle Constitution ne comporte aucune clause empêchant le chef de la junte de briguer un mandat présidentiel. Une perspective que dénonce vertement M. Diallo, dont le parti, l’Union des forces démocratiques de Guinée, a été suspendu fin août avec plusieurs autres formations politiques.
Selon lui, les conditions d’un scrutin équitable sont absentes. L’organisation du référendum est confiée au ministère de l’Administration territoriale, dirigé par un militaire, tandis que les structures locales élues ont été remplacées par des délégations spéciales nommées par le pouvoir. Les voix dissidentes, affirme-t-il, ne seront ni entendues ni prises en compte.
L’opposant déplore également un climat généralisé de répression. Depuis l’arrivée au pouvoir des militaires, les enlèvements, disparitions forcées et arrestations d’opposants se seraient multipliés. Les manifestations sont interdites depuis 2022, et leur dispersion violente aurait causé une cinquantaine de morts selon des organisations de défense des droits humains. Plusieurs médias ont par ailleurs été suspendus ces derniers mois.
Malgré ses désaccords passés avec l’ancien président Alpha Condé, M. Diallo estime que la situation actuelle dépasse en gravité les errements de l’ère précédente. Il dénonce une gestion opaque des richesses minières du pays, dont les exportations de bauxite ont été multipliées par dix en dix ans, sans que la population n’en perçoive les bénéfices. Alors que plus de la moitié des Guinéens vivent sous le seuil de pauvreté, il accuse le président Doumbouya de concentrer les ressources à son profit et à celui de son entourage.
Face à ce constat, une large frange de l’opposition appelle au boycott d’un scrutin dont elle conteste d’avance la légitimité.

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