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82% des droits de vote, zéro plan B : Musk met SpaceX sur orbite tout seul

SpaceX s’apprête à entrer en Bourse avec une valorisation de 1 800 milliards de dollars. Mais l’opération repose sur un pilote unique : Elon Musk cumule…

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82% des droits de vote, zéro plan B : Musk met SpaceX sur orbite tout seul

SpaceX s’apprête à entrer en Bourse avec une valorisation de 1 800 milliards de dollars. Mais l’opération repose sur un pilote unique : Elon Musk cumule tous les postes clés, contrôle plus de 82 % des voix et n’a prévu aucun successeur.

Le dossier d’introduction de SpaceX est un pavé dans la mare de Wall Street. Contrairement aux pratiques habituelles des sociétés cotées, le futur PDG, directeur technique et président du conseil d’administration ne sera qu’une seule et même personne. Elon Musk détiendra plus de 82 % des droits de vote. Pas de numéro deux désigné, pas d’adjoint prêt à prendre la relève, pas même d’assurance qui couvrirait l’entreprise si son fondateur venait à disparaître. L’introduction en Bourse la plus massive de l’histoire repose ainsi sur un homme seul. Pour Quinn Slobodian, professeur d’histoire à l’université de Boston et coauteur d’un essai sur le « muskisme », cette concentration de pouvoir est délibérée. Elle vise à faire de Musk un « tisseur de rêves » irremplaçable, maître d’œuvre de toute l’entreprise.

SpaceX espère lever 75 milliards de dollars dès le premier jour de cotation, avec une valorisation proche de 1 800 milliards. La fortune personnelle d’Elon Musk dépasserait alors les 1 000 milliards de dollars, soit plus du triple de celle de Larry Page, le cofondateur de Google. Pour comprendre comment Musk est devenu aussi indispensable, Slobodian le compare à Steve Jobs et Bill Gates. Musk a d’ailleurs confié sa biographie à Walter Isaacson, le même auteur qui avait immortalisé Jobs. Sa crédibilité de visionnaire, il l’a construite en prenant le contre-pied des investisseurs traditionnels. À l’époque où la mode était de concevoir en Californie et d’assembler en Chine, il a misé sa première fortune — issue de la vente de PayPal — sur des fusées et des voitures électriques, deux paris semés d’embûches techniques.

Mais Musk n’a jamais vraiment évolué en marge de l’État. Selon Slobodian, son succès dépend au contraire des contrats publics et des subventions. Sa première start-up Zip2 utilisait les données du GPS financé par l’armée américaine. Aujourd’hui, SpaceX empile les milliards de contrats fédéraux, notamment 4 milliards pour fournir l’infrastructure satellitaire du « Dôme d’or », le futur bouclier antimissile voulu par Donald Trump. L’entreprise est devenue si stratégique pour la sécurité nationale qu’aucune administration ne la laisserait faire faillite, estime Slobodian. Si Trump a envisagé de renflouer une compagnie aérienne comme Spirit Airlines, que ferait-il pour SpaceX ? L’alignement de Musk sur l’extrême droite américaine et les partis souverainistes en Europe n’est pas un hasard : il cherche des partenaires politiques complaisants pour obtenir les autorisations réglementaires nécessaires à ses activités (fréquences, lancements, licences Starlink).

Reste une question : que deviendra SpaceX sans son fondateur ? Slobodian voit en Palantir, la société d’analyse de données qui a percé grâce aux marchés publics, un possible héritier de cette culture de la dépendance aux commandes de l’État. Mais un véritable successeur serait difficile à trouver. « Il n’y a pas eu de Henry Ford après Henry Ford », rappelle-t-il. Seulement des imitations.

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