Faits Divers
La mort d’Artem la colère d’une mère et le malaise d’une Ukraine usée par la guerre
Tetiana Zaïtseva accuse l’armée ukrainienne d’avoir tué son fils après son arrestation pour mobilisation. Son histoire révèle les tensions d’un pays où le…


Tetiana Zaïtseva accuse l’armée ukrainienne d’avoir tué son fils après son arrestation pour mobilisation. Son histoire révèle les tensions d’un pays où le recrutement forcé devient un problème brûlant.
Le 5 mai 2024, Artem Zaïtsev est mort quelques heures après avoir été arrêté par des agents chargés du recrutement militaire à Kryvyï Rig. Sa mère Tetiana, 68 ans, a découvert son corps à la morgue. Elle raconte qu’elle lui avait apporté des vêtements chauds le soir même et qu’il avait le « visage tuméfié ». Officiellement, il a succombé à une maladie cardiaque. Mais un second examen médical, réalisé seize mois plus tard à sa demande, a révélé des côtes cassées et des lésions non mortelles survenues au centre de recrutement. Une enquête pour meurtre a d’abord été classée sans suite. En février, la justice a finalement donné raison à Tetiana en appel. Elle attend toujours des réponses.
Ces violences ne sont pas isolées. Depuis l’échec de la grande contre-offensive de l’été 2023 et l’entrée dans une guerre d’usure, les incidents se multiplient. Selon un décompte officiel, au moins trente Ukrainiens sont morts peu après avoir été mobilisés depuis septembre 2023. La plupart souffraient déjà de problèmes médicaux, quatre se sont suicidés, deux ont été battus à mort. Des centaines d’arrestations brutales ont été filmées et diffusées en ligne. Les recruteurs, souvent d’anciens combattants, sont aussi pris pour cible. Trois d’entre eux ont été tués depuis 2022 et plus de six cents attaques contre des centres de recrutement ont été comptabilisées. Le mécontentement gonfle, alimenté par des scandales de corruption autour des dispenses.
Tetiana Zaïtseva voit son histoire instrumentalisée par les médias russes et certains blogueurs ukrainiens proches de Moscou. Elle en a conscience. « La Russie a commencé cette guerre, il faut se défendre », dit-elle. Mais elle refuse de se taire. Un sondage récent montre que plus de 70 % des Ukrainiens sont insatisfaits des méthodes des recruteurs. Le ministre de la Défense a promis des « changements majeurs ». Un officier sur le front plaide pour que ce soit la police, et non l’armée, qui procède aux arrestations. La mère d’Artem, elle, se recueille sur la tombe de son fils. Elle murmure qu’elle aurait préféré qu’il meure « en participant à notre victoire ». Derrière elle, des enfants jouent entre les tombes.
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