Culture
Un opéra baroque plonge New York dans les intrigues empoisonnées de Versailles

Une mise en scène audacieuse mêlant musique ancienne et drag performance a transporté les spectateurs new-yorkais au cœur des scandales de la cour du Roi-Soleil.
L’Orchestre de l’Opéra royal de Versailles a fait vibrer Manhattan d’une atmosphère aussi envoûtante que toxique. Le spectacle *L’Affaire des Poisons*, présenté dans l’écrin luxueux du magasin Printemps à Lower Manhattan, a reconstitué avec brio l’ambiance sulfureuse des complots sous Louis XIV. Costumes d’époque, instruments historiques et performances théâtrales ont servi de cadre à cette évocation du célèbre scandale qui secoua la France entre 1676 et 1682.
Le récit s’articule autour de Catherine Deshayes, dite La Voisin, figure trouble à la fois sage-femme et pourvoyeuse de poisons. Andrew Ousley, concepteur du spectacle, y voit une métaphore des dérives du pouvoir. « Cette histoire résonne avec notre époque, où la corruption ronge parfois les sphères les plus privilégiées », souligne-t-il. La marquise de Montespan, favorite du monarque, fut d’ailleurs impliquée dans cette affaire, poussant le roi à faire disparaître des preuves compromettantes.
La représentation a transcendé les codes traditionnels de l’opéra. Entre danseurs évoluant sur des bouteilles en talons aiguilles et messe noire interprétée par l’artiste drag Creatine Price, le spectacle a brouillé les frontières entre classicisme et modernité. « Le drag incarne une forme de résistance, une manière de défier les normes établies, y compris dans l’univers lyrique », explique cette dernière.
Fondé en 2019, l’orchestre utilise des instruments d’époque pour restituer l’authenticité des compositions baroques. « Jouer sur un cor naturel, c’est retrouver l’âme même de la musique », confie Alexandre Fauroux, l’un des musiciens. Cette tournée américaine, qui a débuté en Californie avant de s’achever à New York, s’inscrit dans une démarche plus large portée par l’association *Death of Classical*. Celle-ci promeut la musique classique dans des lieux insolites, des catacombes aux cryptes, pour en démocratiser l’accès.
Andrew Ousley défend une vision décomplexée de cet art souvent perçu comme élitiste. « Nos musiciens dégagent une énergie comparable à celle d’un groupe de rock », affirme-t-il. En implantant ce voyage historique au cœur de Wall Street, le spectacle offre une échappatoire poétique à l’obscurité contemporaine, prouvant que les ombres du passé peuvent encore éclairer le présent.

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