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Un journaliste et deux anciens policiers renvoyés en correctionnelle pour un livre sur la DGSI

La justice a ordonné le renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris du journaliste Alex Jordanov et de deux anciens membres des services de renseignement. Ils sont poursuivis pour des infractions liées au secret de la défense nationale, suite à la publication en 2019 d’un ouvrage détaillant les méthodes de la DGSI.
L’auteur de « Les Guerres de l’ombre de la DGSI » et ses deux co-prévenus, présentés comme ses sources, devront répondre d’accusations de violation du secret défense, de rupture du secret professionnel et de divulgation d’informations susceptibles d’identifier des sources. La période concernée par les faits reprochés s’étend de 2015 à 2022. L’ordonnance de renvoi, datée du 10 septembre, a été portée à la connaissance de l’Agence France-Presse ce vendredi.
Les magistrats instructeurs estiment que le livre a soulevé un voile excessif sur le fonctionnement interne de la principale institution chargée du renseignement intérieur français. Ils considèrent que l’ouvrage a porté une atteinte significative à la sécurité nationale, notamment en rendant possible l’identification de certaines sources humaines, les exposant ainsi à des risques. L’enquête s’est appuyée sur un carnet de notes égaré par le journaliste trois ans avant la parution du livre, ainsi que sur le contenu de l’ouvrage lui-même.
Lors de l’instruction, Alex Jordanov a défendu son travail en le présentant comme une contribution légitime au journalisme d’investigation, destinée à relater une aventure humaine et dépourvue de tout document classifié. Il a reçu le soutien de plusieurs organisations professionnelles, dont Reporters sans frontières. Les juges ont toutefois rappelé que la protection des sources des journalistes devait être conciliée avec les impératifs de sécurité nationale et ne constituait pas une immunité absolue.
Les avocats du journaliste ont formé un recours devant la cour d’appel de Paris. Me Marie Cornanguer soulève l’absence de preuve quant à une classification préalable des informations divulguées, condition nécessaire pour caractériser l’infraction. Me William Bourdon annonce qu’il demandera la relaxe, qualifiant son client de « victime collatérale » d’une manœuvre destinée à intimider les lanceurs d’alerte et la presse.
L’un des points litigieux du livre concerne une opération dénommée « Ratafia », évoquant le sort d’une source syrienne des services français. Selon les juges, ces révélations auraient causé un dysfonctionnement majeur et altéré durablement la relation de la DGSI avec un partenaire étranger. L’avocat de l’un des anciens policiers, Me Emmanuel Daoud, indique que son client expliquera au tribunal les pressions hiérarchiques qu’il subissait au moment des faits, excluant toute intention de nuire à la sécurité nationale.

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