Culture
Tamara Bounazou, une voix qui ensorcelle l’opéra
_**Nommée aux Victoires de la musique classique, la soprano franco-algérienne conjugue excellence scénique et volonté de démocratiser son art, qu’elle compare à une forme de magie.**_
La carrière de Tamara Bounazou s’inscrit désormais parmi les parcours les plus prometteurs de la scène lyrique. À trente ans, la soprano figure parmi les finalistes de la catégorie « Révélation artiste lyrique » lors de la prochaine cérémonie des Victoires de la musique classique. Cette nomination récompense une ascension artistique aussi rapide que remarquée, depuis ses débuts en 2019 sur des plateformes prestigieuses telles que le Théâtre des Champs-Élysées ou l’Opéra de Paris.
Issue d’un milieu modeste de Montbéliard, l’artiste explique que rien ne la prédestinait à cet univers. C’est par le conservatoire local, puis par les formations supérieures de Lyon et de Vienne, qu’elle a forgé son instrument, une soprano lyrique au timbre charnu et à la présence scénique déjà saluée. Son interprétation du rôle-titre d’« Iphigénie en Tauride » à l’Opéra-Comique cet automne a confirmé l’étendue de son talent.
Pour Tamara Bounazou, l’opéra relève d’une forme d’enchantement. Elle décrit sa propre voix comme un pouvoir, une capacité à « jeter des sorts » et à créer de la magie, une quête qu’elle estime nécessaire dans le monde contemporain. Cette conviction s’accompagne d’un désir profond de partage. Héritière d’une culture familiale mêlant variété française et grands noms de la musique arabe, elle considère l’art lyrique comme un bien universel dont chacun doit pouvoir s’emparer.
C’est dans cet esprit qu’elle a investi les réseaux sociaux, notamment via sa chaîne Twitch. Elle y décortique les œuvres, présente différentes mises en scène et tord le cou aux idées reçues, démontrant que le répertoire va bien au-delà des langues étrangères et des siècles passés. Son analyse est souvent teintée d’un regard social aiguisé, voyant dans « Don Giovanni » une préfiguration des débats actuels sur l’impunité masculine, ou dans « La Bohème » le récit d’une précarité fatale.
Entre deux productions, comme sa prochaine prise de rôle à Lausanne, la chanteuse poursuit sa mission de transmission. Son objectif est clair, désamorcer les appréhensions et « donner les codes » à ceux qui hésitent encore à franchir le seuil d’une salle, afin que chacun se sente légitime à y entrer et à y trouver sa propre émotion.
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