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Strasbourg : l’épée de Damoclès au-dessus de la seule salle de consommation à moindre risque

Dans la capitale alsacienne, la structure Argos, vitale pour des centaines de toxicomanes, pourrait disparaître faute de pérennisation par l’État, plongeant usagers et soignants dans l’inquiétude.
Au cœur des hôpitaux universitaires de Strasbourg, la salle Argos offre depuis neuf ans un havre rare en France : un espace sécurisé où les toxicomanes les plus précaires peuvent consommer sous surveillance médicale. Pourtant, ce dispositif expérimental, l’un des deux seuls du pays avec celui de Paris, voit son avenir compromis. L’expérimentation s’achève fin 2025, et malgré les appels répétés des professionnels, aucune décision n’a été prise pour le maintenir.
Chaque jour, près de 800 personnes fréquentent ce lieu géré par l’association Ithaque. Bien plus qu’une simple salle d’injection, Argos propose un accompagnement global : dépistages, consultations médicales, soutien psychologique et même un accès à l’hébergement. « Sans ce dispositif, beaucoup se retrouveraient à consommer dans la rue, avec tous les risques que cela implique », alerte le directeur de la structure. La fermeture signifierait aussi la fin d’un suivi médical pour des personnes souvent exclues du système de santé traditionnel.
Parmi les habitués, Spyke, 41 ans, témoigne des bienfaits du lieu. Hébergé sur place, il a réduit sa consommation et entamé un traitement contre l’hépatite C. « Ici, on n’est pas jugé. Les équipes nous aident à avancer », confie-t-il. D’autres, comme Christophe, y trouvent un refuge même après avoir arrêté les drogues. Le jardin, le potager et les activités proposées en font bien plus qu’un centre de soins : un lieu de reconstruction.
Malgré les preuves d’efficacité – réduction des overdoses, amélioration de la santé publique –, le gouvernement tarde à trancher. Un rapport de l’Igas recommande pourtant la pérennisation des salles existantes et l’ouverture de nouvelles structures. À Strasbourg, élus et professionnels s’unissent pour défendre Argos, mais craignent que le débat ne soit noyé par des considérations sécuritaires. « Fermer ce lieu reviendrait à abandonner des centaines de personnes », dénonce un addictologue local.
Alors que l’Europe compte près de 80 centres similaires, la France reste à la traîne. Les usagers, eux, espèrent un sursaut politique. « Ce serait une erreur monumentale de nous priver de ce filet de sécurité », lance Spyke. Pour beaucoup, Argos n’est pas qu’un local : c’est parfois le dernier rempart contre la rue, la maladie, ou la mort.

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