Culture
« Roi Lear » version rock : la révolution shakespearienne débarque à Téhéran

Une mise en scène audacieuse mêlant électro et tradition redonne vie au chef-d’œuvre de Shakespeare, captivant un public jeune en Iran.
Au cœur de la capitale iranienne, une création théâtrale inédite secoue les codes classiques. Le célèbre drame shakespearien prend des accents de guitares saturées et de lumières stroboscopiques, tout en conservant la puissance du texte originel. Cette approche novatrice vise à rendre accessible la tragédie du monarque déchu à une génération habituée aux rythmes contemporains.
La pièce, portée par une troupe d’une centaine d’artistes, transforme les longues tirades en séquences dynamiques où la musique rock et les chorégraphies modernes prennent le relais. Les costumes, inspirés du patrimoine persan mais aux couleurs éclatantes, contrastent avec la noirceur du récit centré sur la trahison et la folie. Les compositions de groupes internationaux se mêlent à des adaptations en persan, interprétées par des voix locales emblématiques.
Malgré un contexte culturel souvent restrictif, cette production bénéficie d’une liberté artistique inhabituelle. La metteuse en scène, figure rare dans un milieu majoritairement masculin en Iran, explique avoir voulu « désacraliser » le texte sans en trahir l’essence. Les thèmes universels de la pièce – pouvoir, ingratitude filiale et rédemption – trouvent un écho particulier dans une société iranienne marquée par les bouleversements politiques.
Les spectateurs, dont beaucoup découvrent Shakespeare, sont surpris par l’intensité du spectacle. L’interprétation du rôle-titre, porté par un comédien chevronné, captive par son équilibre entre grandeur tragique et humanité fragile. La scène finale, où le vieux roi appelle à plus de justice sociale, résonne avec une force particulière dans la salle.
Cette expérience théâtrale démontre que les classiques peuvent traverser les siècles et les frontières, pourvu qu’on ose les réinventer. En mariant tradition et modernité, cette version iranienne du « Roi Lear » prouve que le génie de Shakespeare reste intemporel, quel que soit le langage artistique employé pour le célébrer.

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