Économie
Pyrénées : face à la menace de l’ours, des éleveurs délocalisent leurs troupeaux


La cohabitation entre bergers et plantigrades devient de plus en plus difficile. Certains agriculteurs, lassés des attaques répétées, choisissent désormais des pâturages plus sûrs.
Depuis un siècle, la famille André menait traditionnellement ses brebis vers les hauteurs de Soulcem, en Ariège. Mais cette année, le constat est sans appel : les pertes liées aux attaques d’ours sont devenues insupportables. « L’an dernier, nous avons perdu 45 bêtes. En deux ans, ce sont 80 brebis qui ont disparu », déplore Nans André, éleveur dans le petit village de Cérizols. Face à cette situation, la décision a été prise de changer de destination et d’emmener le troupeau vers les estives des Hautes-Pyrénées, où la présence du prédateur est moins marquée.
Le retour de l’ours brun dans les Pyrénées, initié dans les années 1990 pour préserver l’espèce, a profondément modifié les habitudes des éleveurs. Aujourd’hui, la population ursine est estimée entre 97 et 127 individus, concentrés majoritairement en Ariège. Une présence qui pèse lourdement sur les bergers, malgré les dispositifs d’indemnisation. « Si une attaque n’est pas constatée sous 72 heures, aucun remboursement n’est possible. Or, une brebis peut être dévorée en une heure », souligne un représentant de la filière pastorale.
Ce matin-là, à Gèdre, le troupeau des André s’élance vers les pâturages de Campbieil, près du cirque de Gavarnie. Les 317 brebis, reconnaissables à leur marque verte, avancent en file indienne, équipées pour certaines de GPS. Le berger engagé pour la saison veillera sur elles jusqu’à l’automne, dans ces alpages réputés pour leur herbe grasse et leur relative tranquillité. « Ici, les ours sont rares. En Ariège, c’est une autre histoire : 80 % des plantigrades y vivent, et les pertes dépassent les 800 bêtes par an », explique un responsable agricole local.
Malgré ces difficultés, la transhumance reste une pratique essentielle pour les éleveurs. Elle garantit une meilleure qualité de viande et de lait, tout en permettant aux prairies de basse altitude de se régénérer. Pour la famille André, ce changement de pâturage est une expérience. « Si tout se passe bien, nous abandonnerons définitivement Soulcem », confie le patriarche. Une décision douloureuse, mais nécessaire pour préserver leur activité.
Entre protection de la biodiversité et survie des exploitations agricoles, le débat reste vif. Certains estiment que la cohabitation est impossible, tandis que d’autres cherchent des solutions pour atténuer les conflits. Une chose est sûre : dans les montagnes pyrénéennes, l’équilibre entre l’homme et l’animal reste fragile.





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