Faits Divers
Passé à tabac, brûlé, pourchassé : l’exode forcé des Zimbabwéens fuyant l’Afrique du Sud
Des milliers de migrants zimbabwéens fuient l’Afrique du Sud après une vague de violences xénophobes. Certains, comme Shingirai Kurebwaseka, portent…

Des milliers de migrants zimbabwéens fuient l’Afrique du Sud après une vague de violences xénophobes. Certains, comme Shingirai Kurebwaseka, portent encore les marques des attaques qui les ont poussés à tout abandonner.
Le visage couturé de points de suture, le bras dans le plâtre, le pied enveloppé dans un sac plastique en guise de bandage. Shingirai Kurebwaseka, 35 ans, a survécu de justesse à un lynchage. Des groupes anti-immigrés l’ont roué de coups, lui ont écrasé le pied avec un marteau, l’ont brûlé au plastique fondu. Ils s’apprêtaient à lui passer un pneu enflammé autour de la taille, une méthode d’exécution utilisée dans le pays. « J’ai quand même réussi à m’échapper », raconte-t-il. Après sept jours d’hôpital, il a pris l’un des bus affrétés pour rapatrier les ressortissants des pays voisins. Des dizaines de milliers de Zimbabwéens ont déjà quitté l’Afrique du Sud ces dernières semaines.
Dans un centre d’accueil surpeuplé, à Beitbridge, près de la frontière zimbabwéenne, des hommes, des femmes et des enfants attendent. Beaucoup n’ont rien emporté. Tichaona Magomazi, 35 ans, n’a qu’une seule valise. C’est tout ce qui reste de ses onze années passées à Johannesburg. « Je n’ai pas les mots pour décrire la situation », lâche-t-il. Il se tient au bord de la route, espérant qu’une voiture le prenne pour le ramener à Harare. Comme lui, des milliers de migrants ont fui après un ultimatum lancé par des groupuscules anti-étrangers, accusant les migrants d’être responsables de la criminalité et du chômage.
Au moins quatre ressortissants étrangers ont été tués lors de ces attaques, selon la police sud-africaine. D’autres gouvernements africains avancent un bilan plus lourd. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé plus de 73 000 départs de Zimbabwéens entre fin mai et début juillet. La plupart sont partis par leurs propres moyens, mais près de 20 000 ont dû être aidés par des programmes gouvernementaux. Selon les évaluations de l’OIM, 69 % des rapatriés interrogés disent que leur retour a été « soudain ou forcé ». Beaucoup arrivent sans rien, juste les vêtements sur le dos. Amos Ferenando, 41 ans, travaillait dans le bâtiment en Afrique du Sud depuis sept ans. « Les milices faisaient des perquisitions maison par maison à la recherche d’étrangers », raconte-t-il. Il a dû payer des amendes à la frontière, puis demander de l’aide à ses proches. Aujourd’hui, il est bloqué, sans argent. Comme Magomazi, il répète la même phrase : « Tout ce que je demande, c’est juste de trouver un moyen de transport pour rentrer chez moi. »
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